[roman] « Rue des voleurs » Mathias Énard

Rue des voleurs - Mathias Enard

Les hommes sont des chiens, ils se frottent les uns aux autres dans la misère, ils se roulent dans la crasse sans pouvoir en sortir, se lèchent le poil et le sexe à longueur de journée, allongés dans la poussière prêts à tout pour le bout de barbaque ou l’os pourri qu’on voudra bien leur lancer, et moi tout comme eux, je suis un être humain, donc un détritus vicieux esclave de ses instincts, un chien, un chien qui mord quand il a peur et cherche les caresses.

Lakhdar est un jeune Tangérois de vingt ans, un garçon simple et sans histoire, un musulman passable, un garçon en quête d’un peu de liberté et d’épanouissement dans une société peu libertaire. Alors, il attend… Il attend il ne sait trop quoi d’ailleurs, que quelque chose arrive, peut-être simplement l’âge adulte. Et, en attendant, il passe le temps en discussions sans fin avec son ami Bassam qui rêve d’Espagne et en lorgnant les seins de sa cousine Meryem. C’est avec elle qu’il va “fauter” : on les surprend, on le chasse. Commence alors pour Lakhdar une dérive qui l’amènera des rues tangéroises et celles de Barcelone, étranger sans papier, en passant par le Groupe pour la Diffusion de la Pensée coranique, la belle Judit, un ferry reliant Tanger à Algésiras, un emploi de croque-mort… En parallèle, souffle le vent du Printemps arabe, et, en Europe, celui des révoltes indignés : tandis que la Méditerranée s’embrase, l’Europe vacille.

Rue des voleurs est donc un roman ambitieux qui, à travers le regard de Lakhdar, se veut une chronique du réel. Il traite ainsi de la complexité du monde d’aujourd’hui confronté à la misère sociale, aux crises financières, à la montée de l’intégrisme, au terrorisme, à la guerre… Et si parfois Lakhdar parait un personnage un peu trop « léger », candide et impassible pour rendre compte à sa juste mesure de comment le monde d’aujourd’hui va mal (il traverse les évènements en simple observateur, sans réellement y prendre part, ou en y participant comme à son insu, sans l’avoir prémédité ni réellement voulu ; il se laisse ballotter par les événements et les opportunités), Rue des voleurs n’en reste pas moins un joli récit d’apprentissage et de quête de liberté au sein même des turbulences de l’actualité.

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⭐ Mathias Enard, Rue des voleurs, éd. Actes Sud, coll. Domaine français, 2012, 256 pages, 21,50 €.

Du même auteur : Boussole.

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