[autobiographie] « Journal (1931-1934) » Anaïs Nin

C’est enfin l’été, saison de la détente, du farniente et du divertissement ; instant propice à la lecture ! Et l’été, justement, j’aime emprunter des chemins de traverse, sortir de mes lectures habituelles pour, par exemple, enfin attaquer un « pavé » trop longtemps laissé de côté, ou m’auto-défier dans des challenges bizarroïdes… J’ai ainsi eu un été Asimovien, puis j’ai passé un été en compagnie de l’inspecteur-chef Armand Gamache, l’été suivant m’a vu me perdre dans le royaume des Sept Couronnes, et je garde l’idée de passer un prochain été à la recherche du temps perdu… Mais cette année, c’est décidé, mon été sera… chôôô ! Voici donc ma première lecture « hot » de l’été ! ^^ (pas très très hot pour le coup… « Hotitude » = 0/5)

Un chagrin m’a fait construire une caverne pour me protéger, mon journal.
(p. 319)

Anaïs Nin est née à Neuilly, dans la banlieue parisienne, le 21 février 1903. Dans son enfance, la famille suit son célèbre père (le compositeur et pianiste espagnol Joaquin Nin) dans ses tournées à travers l’Europe. Le journal d’Anaïs né sur le bateau qui les conduit, elle, sa mère et ses deux frères, d’Espagne aux Etats-Unis, après que son père les eût abandonnés. Son journal a donc commencé par être un carnet de voyage, une longue lettre où Anaïs notait tout pour son père… Mais la « lettre » ne fut jamais envoyée, et le journal se transfigura alors en un refuge pour la tourmentée Anaïs. Il subsista au fil des années, l’accompagna toujours, partout, et devint une œuvre monumentale : environ 150 volumes totalisant plus de 15000 page dactylographiées ! L’entreprise de toute une vie : elle le débute à 13 ans et n’arrête plus jamais de tout y consigner…

Ce volume particulier débute en 1931 ; Anaïs a 28 ans, est mariée à Hugh Parker Guiler, un banquier, vit à Louveciennes (dans la banlieue Ouest de Paris), et est sur le point de publier son premier livre, un essai sur D. H. Lawrence. Il se termine à l’hiver 1934, au moment où Anaïs quitte Paris pour un séjour aux Etats-Unis.

De sa maison de Louveciennes, Anaïs a fait un lieu de rendez-vous pour un grand nombre de créateurs « inconnus » devenus célèbres depuis : Henry Miller (et sa femme June), Antonin Artaud, le Docteur Otto Rank (un disciple de Freud), Marcel Duchamp… écrivains, peintres, sculpteurs, musiciens, comédiens… La liste de ceux qui apparaissent dans son journal compose ainsi un échantillonnage impressionnant de la vie artistique et littéraire du milieu du XXe siècle. Toutefois, pour cette publication (datant de 1966), Anaïs et son éditeur se sont trouvés confrontés à des considérations personnelles et légales inhérentes à la nature du journal : certaines personnes n’ont pas voulu y figurer et en ont donc été entièrement éliminées, notamment le mari d’Anaïs, qui n’apparait à aucun moment dans cette version expurgée du journal, comme s’il n’avait jamais existé ! Pas non plus d’échos des événements historiques naissants… A la lecture, on sent parfois ces « manques », ces « blancs », et cela s’avère un peu « frustrant », voire décevant, même si la « vérité » de ce journal est plus dans la psychologie d’Anaïs que dans une énumération de personnalités et d’événements.

En effet, si Anaïs parle abondamment et avec une franchise étonnante de ses rapports avec les autres, de ses amis et connaissances, tant célèbres qu’anonymes (dans ce volume, on en apprend énormément sur Henry Miller l’écrivain), si elle contribue par un grand nombre de détails à nous faire connaitre cette époque « folle », le véritable sens de son journal est d’un autre ordre : nous y lisons et découvrons le récit détaillé, précis et passionné de la découverte d’elle-même par Anaïs, de son effort pour découvrir et définir la femme Anaïs. Ce journal est le livre d’Anaïs Nin. Son confessionnal, le filtre par lequel elle fait passer chaque évènement de sa vie pour lui donner une structure cohérente, le lieux où elle rassemble son être dispersé, où apparaît aussi bien l’Anaïs charmante, gaie, intelligente, forte, mystérieuse, que la femme timide, mal assurée, puérile, détachée…

Le journal est mon kif, mon haschisch, ma pipe d’opium. Ma drogue et mon vice. Au lieu d’écrire un roman je m’allonge avec un stylo et ce cahier, je rêve […]. J’ai besoin de revivre ma vie dans le rêve, le rêve est ma vraie vie. Je vois dans les échos qu’il renvoie les seules transfigurations qui gardent à l’émerveillement sa pureté. Sans quoi toute magie se perd, la vie révèle ses difformités, la simplicité se change en rouille. Ma drogue. Elle recouvre tout d’un voile de fumée, elle transforme tout à la manière de la nuit. Il faut que tout ce qui est matériel soit ainsi fondu dans le creuset de mon vice car, sinon, la rouille de la vie ralentirait mon rythme pour en faire un sanglot. (p. 354)

Anaïs Nin elle-même considérait que son œuvre d’artiste (ses romans et nouvelles publiés) n’était qu’un affleurement de son journal qui détenait, lui, sa véritable vie de femme, et d’écrivain…

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♥ Anaïs Nin, Journal (1931-1934) (The diary of Anaïs Nin), traduit de l’anglais par Marie-Claire Van der Elst, Editions Stock, 1969, 382 pages.

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