[roman] « Courir » Jean Echenoz

Courir - Jean Echenoz

Il n’y eut qu’un homme, des années durant, capable de courir aussi vite, aussi longtemps, aussi loin. Dans les années 1950, il fut le détenteur de 4 titres olympiques et de 18 records du monde ! Emil Zátopek !

Ce nom de Zatopek qui n’était rien, qui n’était rien qu’un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyablement à trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupapes scandé par le k final, précédé par le z initial qui va déjà très vite : on fait zzz et ça va tout de suite vite, comme si cette consonne était un starter. Sans compter que cette machine est lubrifiée par un prénom fluide : la burette d’huile Emile est fournie avec le moteur Zatopek.

Echenoz ne retient que quelques épisodes saillants de la carrière du sportif tchécoslovaque, certains traits de caractère, des anecdotes en nombre limité. Et du contexte politique de cette période pourtant troublée (de l’arrivée des chars nazis en Moravie à l’invasion de la Tchécoslovaquie par les Soviétiques en 1968), il ne donne que de maigres détails. Car pour Echenoz, il ne s’agit pas de restituer la totalité du personnage, mais plutôt d’en dessiner un certain profil, très épuré : il s’attache surtout à montrer le goût et le sens de l’effort de celui que l’on surnomma « la locomotive tchèque », un homme jovial et naïf, jusque dans son acharnement à courir plus vite. Et l’écrivain ironise : d’une légende, il extrait une vie marquée d’autant d’efforts que de hasards de circonstances ; d’un champion, il fait un pantin à l’insouciance béate…

Ce Courir est aussi sobre que le promet son titre. En 140 pages au style minimaliste, c’est expédié. Et finalement, je crois que c’est cela qui m’a le plus gêné dans ce roman : son style trop véloce et désinvolte, ainsi que sa familiarité de ton, proche de l’oralité, et ses personnages sans profondeur, désincarnés, comme extraits du réel, qui m’ont empêchée de m’attacher à cette histoire et à son héros.

______________________________

⛔ Jean Echenoz, Courir, Les éditions de Minuit, 2008, 141 pages, 13,50 €.

Publicités

Étiquettes : , , , , , , , ,

4 responses to “[roman] « Courir » Jean Echenoz”

  1. maggie says :

    Quel dommag! Je compte tout de même le lire… J’avais bien aimé la désinvolture, la familiarité dont tu parles dans envoyée spéciale

    • BlueGrey says :

      Je n’ai vraiment pas accroché à celui-ci, mais je tenterai peut-être un autre Echenoz, dont j’ai souvent entendu beaucoup de bien…

  2. alexmotamots says :

    Flûte, le titre me tentait. Tant pis.

    • BlueGrey says :

      Echenoz a un style (en tout cas dans ce roman) très particulier, très « sec », qui ne peut pas plaire à tout le monde. Moi ça ne m’a pas plu, mais Echenoz a ses inconditionnels…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :