[roman] « La couleur des sentiments » Kathryn Stockett

J’avais entendu beaucoup de bien de ce bouquin au moment de sa parution et, comme souvent dans ce cas, cela avait pas mal refroidi mon ardeur à l’ouvrir (peur d’être déçue). Eh bien, j’ai eu tort d’attendre autant ! Ce roman est un régal !  🙂

Nous sommes dans les années 1960 à Jackson, Mississippi. Les lois raciales (et les préjugés) sont en vigueur. Et tandis que les femmes blanches fortunées passent le temps en jouant au bridge, en sirotant du thé, ou en œuvres caritatives, les domestiques, noires, entretiennent leurs maisons, font la cuisine, éduquent leurs enfant et essuient, en silence, de multiples humiliations. D’un côté, les maîtresses de maison, blanches ; de l’autre, les employées, noires. Et pas de mélange. Jusqu’à ce que Skeeter s’en mêle…

Au terme de ses études universitaires, Eugenia « Skeeter » (moustique) Phelan est de retour dans sa petite ville de Jackson. Ses amies d’enfance se sont rangées, mariées ; mais elle rêve d’émancipation, de devenir écrivain ! Elle obtient la responsabilité de la chronique ménagère du journal local et, pour se familiariser avec son sujet dont elle ignore tout, elle obtient de son amie Elizabeth la permission d’interroger sa domestique, Aibileen. Et puis, Skeeter a une obsession : découvrir pourquoi Constantine, la bonne qui l’a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans un mot. Parallèlement, une autre de ses amies, Hilly, veut convaincre ses concitoyens de voter une motion contraignant les employées de maison à utiliser des toilettes séparées « afin de ne pas attraper leurs maladies ».

Moi je m’occupe des bébés des Blancs, voilà ce que je fais, et en plus, de tout le boulot de la cuisine et du ménage. J’en ai élevé dix-sept de ces petits, dans ma vie. Je sais comment les endormir, les calmer quand ils pleurent et les mettre sur le pot le matin, avant que les mamans aient seulement le temps de sortir du lit. (p. 7)

C’est de la rencontre et de l’improbable amitié entre Skeeter, la jeune femme blanche de bonne famille, et Aibileen, la domestique noire qui a élevé 17 enfants blancs, que va naître un projet fou : donner la parole aux bonnes, les interviewer, et en faire un livre, un livre de témoignages sur la condition des domestiques ! Raconter ce que c’est qu’être une bonne et d’élever avec amour un enfant qui, plus tard, deviendra votre employeur ; d’être une mère de substitution sans pouvoir utiliser les toilettes de la maison.

N’était-ce pas le sujet du livre ? Amener les femmes à comprendre. Nous sommes simplement deux personnes. Il n’y a pas tant de choses qui nous séparent. (p. 489)

Un projet plus dangereux qu’il n’y paraît : Skeeter met en jeux ses amitiés d’enfance, la position de sa famille, ses fiançailles, sa future carrière ; et les domestiques quant à elles redoutent les représailles du KKK…

Sur le charme qui opère, pas de mystère : le roman et généreux et touchant, entre critique de la société américaine et de ses carcans (racisme, misogynie) et récit d’amitié ; on y trouve ce qu’il faut de de tendresse, d’émotion et d’humour. La narration est vive, assurée par trois narratrices (Skeeter, Aibileen et Minny, amie « forte en gueule » d’Aibilenn, irrésistible), chacune avec sa voix et sa personnalité propre, et des seconds rôles féminins tout aussi bien campés (Hilly, la psychorigide vraie méchante, Célia la fofolle pas sûre d’elle mise au ban de la « bonne société » et pour le coup sympa…), chacune ayant sa (forte) personnalité, mais aussi ses ambiguïtés. Et si ce roman n’évite pas certains écueils (quelques clichés ; un trop plein, parfois, de bons sentiments ; un contexte historique à peine évoqué), on se laisse finalement totalement happer par ce récit à la fois drôle et grave, qui ne manque pas de souffle, ni de personnalité.

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⭐⭐ Kathryn Stockett, La couleur des sentiments (The Help), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Girard, éditions Jacqueline Chambon, 2010 (2009), 525 pages, 23,80 €.

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12 commentaires sur “[roman] « La couleur des sentiments » Kathryn Stockett

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  1. J’avais beaucoup aimé aussi, même si c’est vrai, l’intrigue est parfois un peu facile. On ne s’ennuie pas une seconde, et le thème en est tout de même très intéressant.

  2. j’avais beaucoup aimé aussi lors de ma lecture. Ça fait un moment et je m’en souviens super bien. J’ai beaucoup aimé les personnages féminins.

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