[roman] « Dix heures et demie du soir en été » Marguerite Duras

C’est l’été, l’Espagne, les vacances… Maria et Pierre, leur fillette Judith, et Claire, belle jeune femme amie de la famille, sont en route pour Madrid. Effrayés par un violent orage, ils décident de s’arrêter dans une bourgade pour passer la nuit à l’abri. Mais le seul hôtel du village est déjà complet et l’orage a déclenché une coupure générale d’électricité. L’hôtel accueille tout de même les touristes naufragés et on s’organise, on va dormir dans les couloirs, à même le sol… Pendant ce temps, à l’extérieur, la police se déploie : elle traque un homme, un certain Rodrigo Paestra qui, le matin même, à assassiné sa jeune épouse et son amant.

Dix heures et demie du soir en été est un court récit étrange, un peu amer. On y retrouve le style si caractéristique de Marguerite Duras : des phrases sèches et courtes, factuelles, qui ne disent pas tout ; des dialogues elliptiques et de voix difficiles à identifier, à différencier (le roman est entièrement écrit à la troisième personne, sans que l’on arrive toujours à différencier le narrateur de Maria). Et ce sont les mots qui ne sont pas écrits mais que le lecteur reconstitue qui font la force des situations et du récit. Dans ce qui est tu, on pressent le délitement du couple de Maria et Pierre, car Claire est tellement « vivante » et Maria, un peu amère et lasse, est prématurément vieillie par l’alcool… Pendant cette oppressante nuit d’orage, d’attente et d’insomnie, Maria, les idées un peu brouillées par l’alcool, guette les deux futurs amants qui s’observent, se cherchent, s’évitent… Maria sait qu’ils vont finir par se trouver.

Une main de Pierre est partout sur ce corps d’autre femme. L’autre main la tient serrée contre lui. C’est chose faite pour toujours.
Il est dix heures et demie du soir. L’été. (p. 43)

A l’heure indiquée par le titre, un éclair dans le ciel chargé d’orage permet à Maria de voir le baiser qu’échangent son mari et son amie, et en même temps d’apercevoir la silhouette fuyante de Rodrigo Paestra…

Le réalisme des scènes et le style factuel et froid du roman tiennent le lecteur à distance du récit et des personnages. Témoin de la dissolution d’un couple et de la déchéance d’une femme, le lecteur se retrouve dans l’inconfortable position de « voyeur » et referme ce livre avec une persistante sensation de malaise.

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⭐ Marguerite Duras, Dix heures et demie du soir en été, éditions folio, 2000 (1960), 150 pages, 5,60 €.

Du même auteur : L’Amant.

Lire & délires Thématique : les 10 ans du club : lire un livre dont le titre contient le mot « dix ».

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4 commentaires sur “[roman] « Dix heures et demie du soir en été » Marguerite Duras

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  1. Je viens de m’acheter une bio et un de ses essais de Duras. Ce titre, je ne le connaissais pas mais je le note. As-tu vu le film qui est sorti l’année dernière sur La douleur ?

Répondre à alexmotamots Annuler la réponse.

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