[roman] « Miss Cyclone » Laurence Peyrin

Angela Visconti et June Verhoeven étaient amies depuis le jardin d’enfance et, d’aussi loin qu’elles s’en souvenaient, chacune aurait préféré être l’autre – avoir les cheveux de l’autre, sa taille ou ses seins, la maison de l’autre, ou même sa mère. (p. 11)

Coney Island, 1980. Les inséparables Angela et June ont 16 ans et la vie devant elles. Angela la petite brune voluptueuse, sérieuse et posée, est issue d’un milieu modeste. Elle se destine à épouser son petit ami de toujours, Nick, à reprendre avec lui le stand d’auto-tamponneuse de son père et à faire des bébés. Avenir tout tracé. June la blonde filiforme, extravertie et caractérielle, est issue d’un milieu aisée et, si elle ne sait pas trop ce qu’elle veut faire de sa vie, elle sait ce qu’elle ne veut pas : mariage, enfants, vie posée… non merci ! Mais une nuit un événement va bouleverser leur vie à jamais.

1980 (mort de John Lennon), 1991 (la tempête d’Halloween), 1998 (affaire Lewinsky), 2001 (attentats du World Trade Center) : en quatre dates, en quatre temps forts, en quatre instantanés de vie on suit l’évolution de ces deux femmes avec, en arrière-plan, la ville de New York et ses lieux mythiques, et quatre événements marquants de l’histoire contemporaine des États-Unis.

Miss Cyclone livre ainsi deux jolis portraits de jeunes filles en quête d’émancipation, entrant dans l’âge adulte sans y avoir été préparées. Elles deviendront des femmes qui devront composer avec leurs regrets inavoués, leurs désirs inassouvis, leurs choix de vie et leurs conséquences… Deux femmes en quête d’une même chose : leur part de bonheur. Et si elles prendront des chemins divergents, elles resteront toujours d’indéfectibles amies présentes l’une pour l’autre : Miss Cyclone est aussi et avant tout une belle histoire d’amitié féminine.

Angela était ébahie. En cinq minutes, elle en apprenait d’avantage sur sa meilleure amie qu’en dix ans. Avaient-elles tellement l’habitude de se voir qu’elles croyaient donc tout savoir l’une de l’autre ? Leurs conversations – famille, école, bouffe, régime, sexe – tournaient-elles à ce point en rond qu’une simple question sur l’avenir changeait complètement le paysage ? (p. 69)

J’avoue avoir eu quelques réticences en entamant ce récit qui paraissait un peu frivole et futile ; on frôle le soap opéra par moment (sentiments exacerbés, secrets, mariages, divorces, trahisons…) ! J’ai failli abandonner, mais j’aurais eu tort car, au fil des pages, le propos devient plus profond et ambigu. On s’attache à ces deux femmes (surtout à Angela, la narratrice, plus généreuse et chaleureuse que June qui reste assez froide et insaisissable) et les voir grandir, évoluer, vieillir ne laisse pas indifférent : tant par leur force que par leur vulnérabilité, leurs doutes et leurs erreurs, Angela et June nous questionnent sur nos propres choix et la fatalité qui parfois semble sceller nos vies.

On devrait tous avoir deux vies, on se trompe toujours dans la première. (p. 334)

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⭐ Laurence Peyrin, Miss Cyclone, éditions Calmann-Lévy, 2017, 341 pages, 19,50 €.

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