[mini chronique : roman] « Les Bébés de la consigne automatique » Murakami Ryû

Le roman suit les destins de deux enfants, Hashi et Kiku, abandonnés bébés dans une consigne de gare, en 1972. Ils seront élevés ensemble dans un orphelinat puis adoptés par un couple du sud du Japon. En grandissant, Kiku se passionne pour le saut à la perche et Hashi pour le chant. Jusque-là, tout va bien (ou presque). Mais la recherche obsessionnelle de leur identité les fera sombrer dans la marginalisation et la violence, voire la folie. Car, en une sorte de fatalité, les traumatismes de leur enfance (solitude, manque d’amour, abandon) vont transformer ces enfants de victimes en bourreaux. Du roman d’enfance on passe ainsi au roman noir, un roman plein de douleur et de colère, désespéré, claustrophobe. La violence monte en un crescendo angoissant, jusqu’au paroxysme final, explosion de férocité. L’écriture de Murakami oscille entre digressions fantasmagoriques et réalisme cru, tiraillant le lecteur entre curiosité et répulsion, mais c’est l’écœurement qui l’emporte.

« Oui, cette ville était une énorme chrysalide argentée, un papillon géant allait s’en envoler un jour ou l’autre, puis son ventre exploserait et il en pleuvrait des millions de mouches à visage humain qui recouvriraient tous les buildings. Il entendait déjà le bruissement de leurs ailes. Pourquoi ai-je fais autant d’efforts pour que tout le monde m’aime ? Pourquoi suis-je incapable de vivre sans une présence amicale à mes côtés ? Depuis mon abandon j’ai toujours été à la recherche de quelque chose, j’avais faim de quelque chose, était-ce vraiment ce son que je cherchais ? Je n’ai rien trouvé, rien, rien n’a changé, je suis toujours au fond de cette consigne, enfermé dans une boîte la peau rongé d’eczéma, mais cette fois je n’attendrai pas qu’un chien d’aveugle sente mon odeur et se mette à aboyer. » (p. 456)

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⭐ Murakami Ryû, Les bébés de la consigne automatique (Coin Locker Babies), traduit du japonais par Corinne Atlan, éditions Picquier Poche, 1998 (1980), 521 pages, 10,50 €.

Du même auteur : Kyoko.

Challenge des 500 livres

4 commentaires sur “[mini chronique : roman] « Les Bébés de la consigne automatique » Murakami Ryû

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  1. Oh oui, c’est très violent, mais j’avais aimé, je l’avais trouvé original, et très fort. Je crois que je l’ai lu avant d’ouvrir mon blog, car je ne l’ai pas chroniqué. Par la suite, j’ai lu Bleu presque transparent, que j’ai détesté, tellement je l’ai trouvé insipide…

    1. Pour une découverte de l’auteur « Kyoko » est plus « accessible » (et bien moins long !) mais sans doute moins « représentatif » du style de l’auteur.

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