[nouvelles] « Entre amis » Amos Oz

Au début de la fondation du kibboutz, nous formions une grande famille.

En huit nouvelles, Amos Oz nous amène à la rencontre des habitants du kibboutz Yikhat dans les années 1950. Un recueil construit comme une mosaïque où, d’histoire en histoire, on retrouve les mêmes décors, la même époque et, souvent, les mêmes personnages, quelques figures emblématiques du kibboutz.

Il y a Tsi Provizor, le jardinier qui se repaît des malheurs du monde : tremblements de terre, catastrophes aériennes, incendies, inondations… il collecte toutes les mauvaises nouvelles et les répand avec délectation. Il y a Ariella, qui éprouve une tendresse ambiguë pour l’ex-femme de son compagnon. Nahum Asherov essaie de ne pas haïr l’ami qui a séduit sa fille. Moshe Yashar a du mal à s’intégrer au kibboutz alors que son père se meurt à l’hôpital, en ville. Youval voudrait pouvoir protéger son petit garçon de la brutalité des autres enfants. Nina veut quitter Avner et fait les yeux doux au tendre Yoav, pendant ses patrouilles nocturnes. Quant à Henia Kalisch, pourra-t-elle envoyer son fils Yotam faire des études à l’étranger chez son oncle surnommé le Déserteur parce qu’il a abandonné le kibboutz ? Et le recueil se termine avec le témoignage de Martin, un des pionniers, rescapé de la Shoah, qui voit d’un œil sombre l’avenir des kibboutz, mais continu à croire à la fraternité humaine et à… l’espéranto ; jusqu’à son dernier jour, il va l’enseigner, même si ce n’est qu’à trois personnes.

Tous étaient de braves gens, honnêtes et travailleurs, mais aucun n’était assez passionné, prêt à lutter contre l’injustice sociale. À présent que les pionniers fondateurs avaient passé les rênes […], le kibboutz était condamné à sombrer lentement mais sûrement dans la petite bourgeoisie. (p. 146)

Entre amis n’est pas un roman sur le kibboutz, même si ce dernier y est interrogé. C’est un livre sur la condition humaine, car si le kibboutz est un monde en soi, ici comme ailleurs on se débat avec ses passions et ses faiblesses : l’amitié, l’amour, le manque, la nostalgie, la peur, la mort, le désir… les petites et grandes choses de la vie. L’écriture d’Amos Oz est simple, efficace, au ras du réel. Le ton de ses récits est paisible et un brin amer, toujours teinté d’ironie et de tendresse : chaque histoire oscille entre tragédie et comédie pour, finalement, mettre en exergue la solitude immense, incurable, de chacun. Amos Oz est le poète de l’intime, du quotidien, de la vie minuscule et de la solitude, omniprésente. Ses récits s’avèrent à la fois paisibles et tristes.

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⭐⭐ Amoz Oz, Entre amis (Beyin khaverim), traduit de l’ébreu par Sylvie Cohen, éditions Galimard, 2013 (2012), 157 pages, 17,50 €.

Du même auteur : Une histoire d’amour et de ténèbres & Scènes de vie villageoise.

10 commentaires sur “[nouvelles] « Entre amis » Amos Oz

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  1. J’ai vraiment beaucoup aimé Scènes de vie villageoise, lu à l’occasion du mois de la nouvelle 2019. Celui-ci a l’air très bien aussi…

  2. cela fait des années que je veux lire cet auteur, ce recueil me semble être un bon point de départ! merci blue!

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