[expo] Jeanne Susplugas : « All the World’s a stage »

L’exposition actuellement présentée au Centre d’art Le LAIT d’Albi se déroule sous l’égide d’une citation de William Shakespeare (extraite de la pièce As you like it / Comme il vous plaira) : « All the world’s a stage / Le monde entier est une scène ». Une scène pour chaque individu qui y joue un rôle, y interagit avec l’autre et sous le regard de l’autre, dans une chorégraphie dictée par les codes sociaux. Dans le sillage de cette phrase qui compare la vie à un jeu théâtral, l’artiste Jeanne Susplugas interroge les questions de société, les modes de vie actuels ainsi que leurs contradictions et aberrations.

Jeanne Susplugas - Light House III - Phoebé MeyerJeanne Susplugas, Light House III. 
Photo : Phoebé Meyer.

L’exposition s’ouvre sur l’installation Light House III (« Maison de lumière » ou « phare »), une sphère lumineuse à taille humaine, attirante, porte ouverte invitant le visiteur à y pénétrer. Or, une fois à l’intérieur, les sensations s’inversent : à la fascination succède le trouble de l’enfermement dans l’envers du décor qui ressemble plus à une prison qu’au cocon de lumière initialement perçu. L’environnement sonore, un grondement sourd entêtant, ajoute au malaise : Light House  = abri… ou cage ?

Vient ensuite une vidéo, Iatrogène (cet adjectif caractérise une maladie provoquée par le médecin) : au café, trois amis discutent des rapports contradictoires qu’ils entretiennent avec la médecine à l’heure des scandales sanitaires qui agitent notre actualité. Ou comment en arriver à penser que les médicaments peuvent nous tuer. Ce questionnement sur la médicamentation et ses risques revient dans deux autres œuvres : dans Containers des flacons de médicaments en céramique sur lesquels sont inscrits des mots en blanc sur blanc composent une phrase de Frédéric Beigbeder : « Après, tu rentres chez toi, tu lexomiles et ne rêves plus ». L’antidépresseur devenu familier entre dans le langage courant. Dans Graal, un comprimé de Lexomil nerveusement rompu en trois doses est reproduit de manière surdimensionnée, en cristal. Le jeu d’échelle, de transparence, de reflet, de texture, le rend attirant tout en dénonçant  la banalisation de l’ingestion de produits chimiques et l’addiction qui peut en résulter.

Dans la vidéo Le haut de mon crâne, un homme parle de sa manie de se gratter le haut du crâne. Il raconte comment sa compulsion, apparemment bénigne mais incontrôlable, entraîne un rejet social profondément gênant pour lui, mais est aussi l’expression de sa liberté personnelle. Cette attitude addictive l’handicape mais le révèle aussi à lui-même.

Jeanne Susplugas - There's no place like home - Phoébé MeyerJeanne Susplugas, There's no place like home.
Photo Phoebé Meyer.

Plus loin, une voix féminine répète inexorablement, comme pour mieux s’en convaincre, « there is no place like home » tandis que sur un écran un visage aux traits figés tourne sur lui-même et se reflète dans l’eau. Cette exclamation de satisfaction (tirée du final du Magicien d’Oz, quand la jeune Dorothy rentre enfin chez elle après de nombreuses péripéties), ainsi répétée en boucle sur un rythme monocorde et entêtant, en devient inquiétante.

Une dernière œuvre, House to House (l’équivalent de l’expression française « clou à clou ») est inspirée des caisses de transport d’œuvres et des maisons de poupée modulables qui s’ouvrent et se transforment. Autour des questions d’habitation, d’habitacle, d’intimité mais aussi d’enferment, Jeanne Susplugas a invité d’autres artistes (Alain Bublex, Alain Declercq, Olaf Breuning, Sarah Trouche…) à participer à cette exposition collective itinérante qui s’enrichit à chaque lieu d’exposition.

L’exposition All the world’s a stage  se déroule ainsi dans une succession d’œuvres comme autant de récits singuliers qui se font écho. Au fil des installations qui jouent des paradoxes, une ligne directrice apparaît : un questionnement sur le conditionnement de l’être humain, et notamment sur ses dérives comportementales et psychiques. Jeanne Susplugas interroge le rapport à soi, à l’autre, l’enfermement en soi, le repli sur soi, l’isolement, les névroses contemporaines, les compulsions, les addictions… Elle porte un regard caustique sur les travers de notre société et de nos individualités.

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♥ Jeanne Susplugas : « All the World’s a stage »
Du 22 juin au 27 octobre 2013
Centre d’art Le LAIT, 41 rue Porta, 81000 Albi.
Exposition vue le 26/09/2013.

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