[roman] « Rêves de garçons » Laura Kasischke

Rêves de garçons

Je m’appelle Kristy Sweetland. A l’époque, j’avais dix-sept ans, et il me semblait qu’on avait ouvert cette route à travers la forêt de Blanc Coeur rien que pour moi – une rivière de bitume étroite et sinueuse tellement lisse que mes pneus émettaient un son que seuls pouvaient produire un soupir et un baiser, un baiser et un soupir.

A la fin des années 1970, trois pom-pom girls s’échappent le temps d’un après-midi de leur camp de vacances dans l’idée d’aller se baigner au Lac des Amants. Au volant de sa Mustang rouge décapotable, Kristy Sweetland, 17 ans, et à son bord, deux de ses amies. Les jeunes filles respirent l’insouciance et la joie de vivre. Capote baissée, cheveux aux vents et poitrine à l’air, elles causent garçons, déconnent, frétillent… Dans une station service, Kristy a le tort de sourire à deux bouseux « aux allures de craignos » qui décident de suivre la Mustang avec leur break… Et la journée idyllique vire au drame, au bord d’un ravin.

J’ai compris à cet instant que ce qu’on dit est vrai – on peut vraiment sentir le regard d’un garçon posé sur soi. » (p. 63)

Rêves de garçons débute comme un roman d’adolescence : Laura Kasischke y dépeint avec justesse les troubles de l’adolescence, ses émois, ses ambivalences et ses incertitudes. Elle s’attache aussi à détourner avec une touche de cynisme certains clichés d’une jeunesse américaine dorée fantasmée : si la vie est apparemment merveilleuse pour Kristy et ses deux copines, jeunes filles rangées au quotidien convenable et convenu et à l’avenir souriant, les apparences se craquellent peu à peu. Au fil des pages, le camp de vacances devient un théâtre de cruauté et quelque chose de légèrement à côté de la réalité se glisse entre les lignes, comme un mauvais rêve… et Rêves de garçons devient un livre inquiétant…

Au-delà de sa trame, la force de Rêves de garçons tient à la justesse du ton et au rythme narratif qui envoûtent littéralement et nous laisse, jusqu’à la révélation finale, dans l’imminence de la catastrophe.

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⭐ Rêves de garçons (Boy Heaven), Laura Kasischke, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Leroy, éd. Christian Bourgois Editeur, coll. Littérature étrangère, 2007 (2006), 245 pages, 25,35 €.

Du même auteur : A suspicious river, En un monde parfait, Esprit d’hiver.

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4 responses to “[roman] « Rêves de garçons » Laura Kasischke”

  1. lydieetseslivres says :

    J’ai lu Esprit d’hiver de cette auteur et malgré certaines imperfections j’avais été impressionnée par l’ambiance qu’elle a réussi à créer. Celui- ci est visiblement de la même trempe. Merci pour cette découverte.

    • BlueGrey says :

      Je suis justement en train de lire « Esprit d’hiver » ! J’ai aussi lu « Les revenants » de Laura Kasischke, très bon roman que je te conseille également.

  2. pralineries says :

    C’est cette attente de la catastrophe, cette façon de poser les jalons qui me plait tant chez Kasischke !

    • BlueGrey says :

      Moi aussi ! Ses récits commencent toujours dans le quotidien, dans l’ordinaire, puis, petit à petit, on constate des petits dérèglements, des choses qui clochent… Et la tension va crescendo jusqu’au dénouement, toujours surprenant ! Ses romans sont superbement construits.

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