[roman] « Confiteor » Jaume Cabré

Confiteor - Jaume Cabré

Je sais que j’invente des choses, mais ça ne m’empêche pas de dire la vérité. »

coeurAu crépuscule de sa vie, alors que sa mémoire se dérobe, Adrià Ardèvol y Bosch rédige dans l’urgence une longue lettre testamentaire, une confession-fleuve, à Sara, la femme qu’il a tant aimé. Il lui raconte sa vie et l’histoire de sa famille, il évoque les souvenirs d’enfance, l’enfant étrange qu’il a été, surdoué et solitaire, mal aimé par un père autoritaire et trouble et une mère silencieuse, l’apprentissage de la musique et des langues par douzaine, l’amitié de Bernat, l’adolescence et l’amour, les femmes… Il raconte aussi l’histoire d’un violon d’exception et celle d’une médaille… Et, pour se faire, il ne brasse rien de moins que l’histoire de l’Europe, du XIVe au XXIe siècle, de l’Inquisition au franquisme, en passant par le nazisme !

Jaume Cabré passe ainsi de l’intimité des personnages aux tumultes de l’histoire européenne ; son récit se déploie dans le temps et l’espace en une architecture en millefeuille : il multiplie les récits, les personnages, les strates de temps, entrelace les histoires intimes et collectives, fait parler morts et vivants dans le même mouvement, passe de la première à la troisième personne dans la même phrase, interrompt la narration pour la reprendre quelques paragraphes plus tard, use de raccourcis et courts-circuits et, par moment, frôle le fantastique… L’Histoire et les histoires s’avèrent tant enchevêtrées qu’on ne peut les démêler !

L’écriture est parfois aussi sinueuse que le récit et use de circonvolutions et, selon les moments, donne une impression de vitesse, de rêve ou d’évanescence… En quelques lignes, Jaume Cabré entre au cœur des situations, les donne à voir et à ressentir ; en quelques mots, il propulse le lecteur dans un autre lieu, une autre époque… Il nous fait passer, sans que l’on s’étonne vraiment, du Vatican des années 50 à un monastère perdu en Catalogne au XVe siècle, du Barcelone de la fin de la guerre civile au camp d’Auschwitz-Birkenau… Et c’est un violon, fabriqué en 1764 à Crétone, qui sert de fil rouge à cette histoire qui nous parle de l’avidité des hommes, de leur cruauté toujours semblable, de la corruption des pouvoirs ; mais aussi d’amitié et d’amour, et de la nécessité des livres et de la musique pour continuer à vivre, malgré tout.

Malgré ces audaces narratives, l’auteur garde l’esprit tendu vers une seule quête, celle des origines du Mal. Et jamais sa fresque monumentale ne sombre dans la démonstration ou le pensum. C’est au contraire libre, intelligent, foisonnant, fulgurant ! Souvent très drôle, parfois poignant, admirable de justesse et d’équilibre.

Il est donc impossible de résumer Confiteor sans en réduire la portée et le souffle ! C’est un roman fascinant et inventif, tant sur le fond que sur la forme : 800 pages qui se dévorent sans reprendre haleine !

Un grand, grand roman !

______________________________

♥ ♥ ♥ Confiteor (Jo confesso), Jaume Cabré, traduit du catalan par Edmond Raillard, éd. Actes Sud, coll. Lettres hispaniques, 2013 (2011), 784 pages, 26 €.

logo challenge tour du mondeDestination Espagne !

Publicités

Étiquettes : , , , , , , , ,

18 responses to “[roman] « Confiteor » Jaume Cabré”

  1. lydieetseslivres says :

    J’ai lu beaucoup de bien sur ce roman, ton avis me réconforte dans l’idée que je dois absolument le lire. Mais je vais peut être laisser passer l’été…

  2. yueyin says :

    tout pareil pareil 🙂 coup de cœur au carré, que dis je au cube tiens… un chef d’œuvre 🙂
    http://lireouimaisquoi.over-blog.com/article-confiteor-122568975-comments.html

  3. Léa Touch Book says :

    Ta chronique donne vraiment envie ^^ Merci pour la découverte !

  4. 22anjelica says :

    Wouah de Wouah ! Le genre de roman qu’on oublie pas, c’est cela ?

  5. Karine:) says :

    C’est beau hein! J’aime, j’aime, j’aime! Mon coup de coeur de 2014 à date!

  6. eimelle says :

    sa longueur m’effraie un peu, mais il est dans ma liste d’envies!

  7. choupynette says :

    voilà un roman à lire absolument. l’est dans la pal, comme tant d’autres. j’ai envie de lui réserver une période calme pour la lecture, mais ce n’est vraiment pas en ce moment.
    Ce que tu dis de l’écriture, je le retrouve dans le roman que je lis actuellement, le premier tome de Dans l’ombre des Tudor de H. Mantel.Elle a une manière assez extraordinaire d’alterner sans prévenir les points de vue/narrateurs dans un même paragraphe. Ajouté a l’absence d’indicateurs de dialogue par moments m’a un peu déstabilisée au début, mais je commence à m’y faire. particulier. Je n’en suis qu’au début, je ne sais pas encore si ce roman va me plaire….

    • BlueGrey says :

      Cette façon de passer d’un narrateur à l’autre, d’une époque à l’autre, dans une même phrase, est un peu déconcertante au début, mais on se laisse vite transporté par le style et le récit…

  8. Sarah Cara says :

    Il est dans ma PAL pour cet été, j’espère l’aimer autant que toi! 🙂

  9. dasola says :

    Bonsoir BlueGrey, c’est un des grands romans de ces dernières années. Ce fut une belle lecture de la fin 2013. http://dasola.canalblog.com/archives/2013/12/03/28566813.html Bonne soirée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :