[nouvelle] « Bartleby le scribe » Herman Melville

Bartleby le scribre - Herman Melville

I would prefer not to.

Wall Street, dans les années 1850. Le narrateur, juriste, mène avec ses deux copistes, Dindon et Lagrinche, et son garçon de courses Gingembre, une vie de bureau morne et régulière. Un jour, il engage un étrange jeune homme aux allures de spectre : Bratleby. Dans un premier temps employé modèle, Bartleby va commencer à décliner d’abord de menues tâches, pour ensuite totalement refuser de travailler, d’être payé et même de quitter les lieux, en répétant, inlassablement, « je préférerais pas ». Par ce simple conditionnel poli – qui n’en reste pas moi refus systématique, radical et obstiné, émis sans aucune justification – Bartleby jette le trouble autour de lui. Au fur et à mesure de ses calmes refus, la stupeur et le désarroi augmente chez son employeur, qui ne sait comment réagir : tantôt estomaqué, tantôt furieux, suppliant, en proie à la mauvaise conscience… Comment chasser de ses bureaux – et surtout de ses pensées – cet être apparemment faible et démuni, mais dont la résistance se révèle aussi implacable qu’incompréhensible ?

Nulle part dans la nouvelle nous n’avons d’indice quant au sens de l’étrange comportement de Bartleby ; le sens est à construire. Bartleby est simplement un homme qui s’arrête. Un homme qui cesse de jouer le jeu des hommes. Il exprime cette décision par un refus poli, mais en se refusant à toute explication. Bartleby est-il fou, révolté, mélancolique, cynique, nihiliste ? Est-il un « héros » de la désobéissance, triomphant par une forme de résistance passive ? Ou, sans réelle volonté et n’arrivant pas à s’adapter au monde, est-il juste une figure de l’échec absolu ? Impénétrable, Bartleby semble, tout au long de la nouvelle, rester simplement fidèle à lui-même. Et pour moi, c’est dans cette volonté de rester en accord avec lui-même, jusqu’à l’extrême, que le personnage de Bartleby prend sens.

Burlesque mais aussi brutale, frôlant parfois le fantastique, souvent hermétique, et surtout totalement absurde, cette nouvelle de Melville conserve une part de mystère, incarnée par sa célèbre formule agrammaticale, « I would prefer not to ».

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⭐ Bartleby le scribe (Bartleby, the Scrivener – A Story of Wall Street), Herman Melville, traduit de l’anglais par Pierre Leyris, éd. Folio, 1996 (1853), 108 pages, 4,50 €.

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6 responses to “[nouvelle] « Bartleby le scribe » Herman Melville”

  1. keisha says :

    Comment traduire ce I would prefer not to, voilà le problème des traducteurs. L’anglais est une langue intéressante pour sa concision.

    • BlueGrey says :

      C’est exacte ! J’ai vu plusieurs traductions différentes, « je préfèrerais pas », « je préférerais ne pas », « je ne préfèrerais pas », « j’aimerais mieux pas », « j’aimerais autant pas »… et aucune n’est entièrement adéquate.

  2. dasola says :

    Rebonsoir, un grand classique que j’avais redécouvert dit par Daniel Pennac sur scène à Paris. Bonne soirée.

    • BlueGrey says :

      Un grand classique en effet, qu je n’avais pas encore découvert… C’est chose faite !

  3. maggie says :

    J’avais beaucoup aimé cette nouvelle très symbolique qui nous oblige effectivement à trouver le sens… J’avais d’ailleurs lu mardi après du même auteur qui est un roman remaquable !

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