[roman] « Pas Sidney Poitier » Percival Everett

Pas Sidney Poitier - Percival Everett

Je suis le fruit, né sous de mauvais auspices, d’une grossesse hystérique et, chose surprenante, je suis peut-être bizarre, mais pas hystérique. Je suis plutôt calme, en fait ; d’un calme plat, diraient d’aucuns. Je suis grand, ai la peau noire, et offre aux yeux du monde l’apparence de M. Sidney Poitier, ce que ma pauvre mère dérangée, et désormais défunte, n’aurait pas pu savoir lorsque, à ma naissance, elle me nomma Pas Sidney Poitier.

Jeune orphelin noir de 11 ans affublé par sa folledingue de mère de l’absurde prénom de « Pas Sidney », Pas Sidney Poitier (donc), passe son adolescence à subir les railleries de ses camarades. Heureusement, il dispose aussi d’une colossale fortune, d’un don d’hypnose pouvant paralyser ses ennemis et d’un riche mentor nommé Ted Turner, patron de CNN, dont sa mère avait eu le flair d’acheter quelques milliers d’actions. Pas Sidney, malgré le poids de cet héritage complexe (fortune + patronyme), tente de tracer sa propre route dans la vie.

Mais Pas Sidney se retrouve perpétuellement propulsé dans une cascade de mésaventures, dans un premier temps absurdes et burlesques, mais sombrant progressivement vers la violence : concupiscence de son environnement féminin, sévisses de ses camarades de classe, brutalité raciste des forces de police, dévotion de nonnes givrées… Pas Sidney est maintes fois sauvé du désastre par son capital en dollars, mais sa naïveté l’y replonge irrémédiablement.

En outre, en grandissant, Pas Sidney ressemble de plus en plus à Sidney Poitier et se voit condamné à rejouer dans la « vraie vie » certains rôles de l’acteur : L’esclave libre, La chaîne, Devine qui vient dîner ?… (Limite du procédé : sans une bonne connaissance de la filmographie de Sidney Poitier on passe à côté de nombreuses références). Mais Pas Sidney n’est pas Sidney Poitier (premier noir à remporter un Acamedy Award) et s’en sort plutôt mal : il se fait tabasser à chaque chapitre, encaisse coup sur coup, et passe de galères en humiliations… Et si le récit débute comme un roman initiatique drôle et grinçant, une quête identitaire tragi-comique, plus il avance, plus il se dérègle et dégénère…

Pas Sidney Poitier est une réflexion captivante sur les préjugés raciaux des Etats-Unis à l’heure d’Obama, mais aussi sur la construction de soi. C’est burlesque, astucieux, mordant, et déroutant.

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Pas Sidney Poitier (I am not Sidney Poitier), Percival Everett, traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut, éd. Actes Sud, coll. Lettres anglo-américaines, 2011 (2009), 298 pages, 22,90 €.

Du même auteur : Effacement, Désert américain, Montée aux enfers & Percival Everett par Virgil Russel.

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6 responses to “[roman] « Pas Sidney Poitier » Percival Everett”

  1. keisha41 says :

    J’aime cet auteur! (vu au festival America 2012, aussi)

  2. ingannmic says :

    100 % d’accord avec toi : « Effacement » est grandiose !! Et je crois que Pas Sydney Poitier arrive en second sur ma liste…

  3. keisha41 says :

    Argh, à vous lire, je dois lire aussi ce Pas Sidney Poitier…

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