[roman SF] « La servante écarlate » Margaret Atwood

La servante écralate - Margaret Atwood

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, une dictature théocratique répressive, par l’intermédiaire de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité. Dans cette société à la dénatalité galopante (certainement due à la pollution), les femmes fertiles sont réquisitionnées et contraintes de devenir des « servantes écarlates » successivement placées dans les foyers de divers commandeurs à seule fin de procréer. L’une de ces servantes, Defred, raconte son quotidien de servitude, de solitude, d’angoisse et de douleur. Sa seule échappatoire, ce sont ses souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom, un métier, une famille…

L’âpreté des mots (crus mais justes) de Defred racontant son quotidien, son apparente résignation, son ton sobre, froid et tranchant, peuvent déconcerter. Mais son détachement affiché est légitimé par le contexte d’oppression dans lequel elle vie : dans sa terreur des autorités, elle contrôle même ses pensées. Pourtant, petit à petit, son récit s’humanise, se teinte parfois d’un humour grinçant et d’ironie… Alors qu’elle n’est considérée que comme une « matrice » dont le corps et l’esprit ne comptent pas, elle va petit à petit en reprendre le contrôle, transgressant les règles en catimini.

À travers l’histoire de Defred, Margaret Atwood dissèque avec finesse et lucidité la mécanique totalitaire. Plus qu’un simple manifeste féministe et anti-clérical, ce roman d’anticipation est une interrogation grave et intelligente sur notre monde tel qu’il peut évoluer. Ce qui en fait la force et l’horreur en est la proximité avec notre propre monde : Margaret Atwood nous entraîne dans un monde qui semble à la fois très lointain et très familier. Et l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que notre monde bascule vers une telle société patriarcale et fascisante.

La servante écarlate est un livre extrêmement stylisé et exigeant, un roman très sombre, d’une violence sourde d’autant plus efficace. C’est un récit dérangeant et angoissant car très vraisemblable.

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♥ ♥ La servante écarlate (The Handmaid’s Tale), Margaret Atwood, traduit de l’anglais par Sylviane Rué, 2005 (1985), éd. J’ai lu, 345 pages.

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6 responses to “[roman SF] « La servante écarlate » Margaret Atwood”

  1. choupynette says :

    Un gros coup de poing et de coeur pour moi à sa lecture il y a quelques années. je m’étais promis de lire d’autres roman de l’auteure, mais promesse non tenue… il faut vraiment que je me penche sur son oeuvre. En as-tu lu d’autres?

    • BlueGrey says :

      Non, pour l’instant c’est le seul de ses livres que j’ai lu… Mais moi aussi je me suis promise d’en lire d’autres !

  2. maggie says :

    Je l’ai acheté et je compte le lire vu le grand bien qu’on dit de tous les ouvrages de cet auteur

  3. Karine:) says :

    Il est dans ma pile… j’avais essayé de le lire mais j’avais un peu pris peur… pas le bon moment, sans doute. Dérangeant, comme tu dis.

    • BlueGrey says :

      Pas facile d’entrer dans cette histoire, mais une fois commencée, je n’ai pas pu la lâcher !

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