[roman] « Victoria et les Staveney » Doris Lessing

Victoria et les Staveney

La cour de récréation était déjà plongée dans une ombre glacée.

Victoria, petite fille noire, a été oubliée dans la cour de récréation après une journée d’école. Elle a 9 ans, elle a froid et elle est terrifiée, seule dans cette cours dont la grille se referme… Elle se sent invisible. Les Staveney sont des londoniens blancs et aisés, cultivés et libéraux, nourris d’idées généreuses sur la société multiculturelle. Leur fils, Thomas, fréquente la même école que Victoria. Ils vont recueillir Victoria pour une nuit dans leur somptueuse maison, et Victoria va rester fascinée sa vie durant par cette unique nuit passée dans cet univers de conte de fées. Elle doit pourtant reprendre sa vie d’avant, long cauchemar où elle doit soigner sa tante malade, donc manquer l’école, et ainsi manquer la possibilité qu’elle avait de s’en sortir.

Des années plus tard, le hasard la conduit de nouveau chez les Staveney : de sa liaison avec Thomas est née Mary, petite fille à la peau claire et au sourire radieux. En adoration devant elle, les Staveney proposent de l’accueillir chez eux de plus en plus souvent. Victoria y voit une chance pour l’éducation de sa fille, mais elle n’en mesure pas toutes les conséquences…

La prose de Doris Lessing est simple et limpide, comme son histoire. Pas de démonstration grandiloquente, ni de caricature, ni de dénonciation, juste le constat brut d’un monde divisé, gangrené par les préjugés, l’hypocrisie, les inégalités sociales et le racisme. Son style sobre et factuel souligne la fatalité qui semble diriger la vie de Victoria mais n’est pas pour autant dénué d’empathie : elle raconte aussi la solidarité entre « exclus », l’amour maternel… Un conte aigre-doux dans lequel elle renoue avec ses thèmes de prédilection : le racisme et l’hypocrisie. Un roman court et intense, qui va à l’essentiel.

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Victoria et les Staveney (Victoria and the Staveneys), Doris Lessing, traduit de l’anglais par Philippe Giraudon, éd. J’ai lu, 124 pages, 6,20 €.

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8 commentaires sur “[roman] « Victoria et les Staveney » Doris Lessing

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    1. Oui, Choup’ nous en avait parlé, et bien parlé, ce qui m’avait donné envie de le découvrir… Ce qui est enfin fait ! Comme quoi, tout arrive !
      Moi j’avais lu « Le Carnet d’or », que j’avais adoré ! Il FAUT lire « Le Carnet d’or » ! 😉

    1. J’ai aussi lu « Les grand-mères », un court récit un peu dans la même veine que « Victoria et les Stavaney », du moins dans le style d’écriture, direct, limpide, avec une touche de malice ; et puis, et surtout, j’ai lu « Le Carnet d’or », magistral, que je te conseille vivement !

  1. J’ai lu le tome 1 de « journal d’une voisine » et j’écrivais « Un roman écrit au scalpel. Un texte froid qui, heureusement, se drappe d’une très belle écriture » et je n’ai pas été tenté par le tome 2. Ton billet me tente alors je ne sais plus….
    Le Papou

  2. Ooh, il me le faut celui-là… il faut que je relise davantage de Lessing. Vaincue par la brousse fait partie de mes lectures préférées de l’année.

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