[polar] « Mr Mercedes » Stephen King

Mr Mercedes - Stephen King

Augie Odenkirk avait une Datsun 1997 qui roulait encore plutôt bien malgré les bornes qu’elle affichait au compteur, mais l’essence était chère pour un homme sans emploi et le City Center se situait à l’autre bout de la ville, il opta donc pour le premier bus de nuit.

Solitaire et dépressif, Bill Hodges, flic à la retraite, est hanté par l’affaire qu’il n’a su résoudre dans sa carrière par ailleurs exemplaire : l’affaire de Mr Mercedes, chauffard fou qui a foncé dans la foule, faisant huit morts et de nombreux blessés, et qui s’est échappé sans laisser de trace. Mais une lettre du tueur à la Mercedes va le sortir de sa léthargie et de l’ennui, le précipitant dans une redoutable course poursuite !

Délaissant le fantastique, Stephen King nous livre ici un polar noir qui, de prime abord, paraît assez archétypal, avec ce personnage de flic solitaire vaguement suicidaire qui opère aux limites de la loi, en chasse DU tueur psychopathe qui lui a toujours échappé. Les composantes du genre sont là, tellement familières qu’elles flirtent avec le cliché. Mais très vite Stephen King bouleverse la donne en nous livrant le nom du tueur, dès la page 54. Le livre se déploie ensuite en croisant la voix de l’enquêteur en chasse à celle du tueur ayant le détective en ligne de mire et apprêtant en parallèle un nouvel acte terroriste. Au traditionnel jeu du chat et de la souris entre un tueur psychopathe et un détective obsessionnel, Stephen King entrelace l’exploration du psychisme du tueur et la renaissance du détective. Car Bill Hodges va s’entourer presque incidemment d’auxiliaires improbables, telle Holly, vieille fille de 45 ans vivant encore chez maman, bourrée de TOC et complètement névrosée, experte en informatique, personnage le plus singulier du roman, qui aurait dû être écarté de l’enquête dès son apparition, et qui aura pourtant au final un rôle clé, volant la vedette à Hodges et devenant le personnage le plus humain et le plus attachant du roman.

L’intrigue s’installe donc doucement, on pourrait même dire lentement : elle souffre de quelques longueurs et de quelques outrances. A son meilleur, Stephen King arrive à nous convaincre que les petites filles en colère peuvent enflammer leur entourage, que les clowns ne sont pas ce qu’ils paraissent, que les simples d’esprit ont des pouvoirs de guérisseur ; mais aussi que les monstres sont bien souvent des démons ordinaires qui peuvent naître du quotidien, de la pauvreté, de la dépendance, du trauma d’enfance, de l’aliénation… Mais ici, son ton trop monotone et sa prose trop lâche sombrent souvent en un méli-mélo de jargon contemporain assez agaçant (le running gag pas drôle et cliché du langage « petit nègre » de Jerome par exemple). Et même si on tourne les pages de plus en plus vite vers le final, il manque à ce récit le frisson viscéral de la paranoïa, la sueur froide de l’effroi, l’asphyxie de la terreur…

Bref, un bon polar, mais un petit King.

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♥ Mr Mercedes, Stephen King, traduit de l’anglais (États-Unis) par Océane Bies et Nadine Gassie, éd. Albin Michel, 2015 (2014), 550 pages, 22,90 €.

Du même auteur : Marche ou crève & Misery.

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11 responses to “[polar] « Mr Mercedes » Stephen King”

  1. elea1688 says :

    Très joli billet, mais étant fan de King je le lirai à l’occasion, même si à la réflexion je crois bien qu’il n’a jamais écrit un polar.

  2. anjie says :

    j’aime toujours autant lire tes billets 🙂

  3. Luis says :

    Ton avis est très agréable à lire, ça donne une bonne idée de ce qui nous attend avec ce prochain King, à peu près la même chose qu’avec ses plus récents romans.

    • BlueGrey says :

      Je n’ai pas lu ses romans les plus récents (un peu lassée), et si j’ai lu celui-ci sans déplaisir, je pense passer mon tour pour les prochains…

      • Luis says :

        Je te comprends. Pour ma part c’est par fidélité que je continue à lire Stephen King. Depuis Roadmaster c’est cuit, malgré quelques bonnes choses comme Dôme ou Joyland. Trop de clichés, trop de politiquement correct, des livres qui ressemblent à des séries tv… À l’opposé total de ce qu’il écrivait dans les années 80.

  4. Céline Bookspassion (@CBookspassion) says :

    Etant donné que c’est son premier polar, je pense qu’il doit encore avoir quelques lacunes :p. Et Mr Mercedes étant un premier tome, peut-être que l’apothéose se trouvera dans le second ou le troisième tome :).
    J’ai lu 50 pages avant de bosser ce matin et pour l’instant je trouve ça pas trop mal (et maintenant j’ai hâte d’être à la page 54 :p)

    • BlueGrey says :

      J’ai lu ce polar sans déplaisir mais, très honnêtement, il ne me reste déjà presque rien de cette lecture, à part un bon souvenir des personnages… (Ah ah ! Bientôt la révélation de la page 54 ! ^^)

  5. Milo says :

    Il me tente ^_^

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