[roman] « L’intérêt de l’enfant » Ian McEwan

L'intérêt de l'enfant - Ian McEwan

Londres. Une semaine après la Pentecôte. Temps de juin impitoyable. Fiona Maye, juge aux affaires familiales, un dimanche soir, chez elle, allongée sur une méridienne, regardant fixement, au-delà de ses pieds gainés par un collant le fond de la pièce, un pan de la bibliothèque installée en retrait de la cheminée, et de l’autre côté, près d’une haute fenêtre, la minuscule lithographie de Renoir représentant une baigneuse, achetée trente ans plus tôt pour cinquante livres. Sans doute un faux.

Fiona Maye, 59 ans, « divinement hautaine, diaboliquement intelligente, et encore belle » est une brillante juge aux affaires familiales. Elle est passionnée par son métier, et très investie. Peut-être même un peu trop ; elle en a un peu délaissé sa vie personnelle et son mari Jack. Mari qui, du coup, irait bien satisfaire hors de leur couple sa libido encore bien vivante, et lui en demande la permission ! Au même moment, elle doit statuer sur une nouvelle affaire difficile : un adolescent hospitalisé risque de mourir parce que lui et ses parents, témoins de Jéhovah, refusent la transfusion qui pourrait le sauver. Afin de motiver sa décision, Fiona se rend au chevet du jeune homme, mais cette brève rencontre aura de bien déroutantes conséquences…

Sobriété, justesse, précision, élégance. McEwan maîtrise ses phrases comme nul autre ! Sans cesse, il passe d’une rigueur austère à une sensibilité pointue (quand intervient sa narratrice) et certaines de ses scènes, a priori anodines, sont tout simplement stupéfiantes de justesse (l’infime rapprochement des époux autour d’une tasse de café matinale par exemple). Quelques fulgurances traversent aussi son récit : la pluie qui tombe, la musique et la poésie, une promenade… Et c’est avec cette remarquable économie de moyens qu’il instille, petit à petit, un malaise, et crée une ambiance oppressante qui croît jusqu’à la dernière page.

Car, sous cette apparente simplicité, Ian McEwan fait aussi preuve d’une complexité thématique impressionnante ! Ainsi, en seulement deux petites centaines de pages, il confronte la question du droit à celle de la foi et pose, sans prendre parti, un dilemme éthique et moral fascinant ; il brosse le portrait magnifique d’une femme à poigne tout à coup déstabilisée par des sentiments nouveaux et violents, inconnus d’elle ; il met à nu la complexité des sentiments amoureux, ces instants où des vies peuvent basculer sur un rien, un mot, un geste, un malentendu ; et il nous questionne sur la latitude que nous avons à décider de nos vies…

Un roman bref et intense, puissant, profond et fascinant.

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⭐⭐ Ian McEwan, L’intérêt de l’enfant (The Children Act), traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, éd. Gallimard, coll. Du monde entier, 2015 (2014), 232 pages, 18 €.

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16 commentaires sur “[roman] « L’intérêt de l’enfant » Ian McEwan

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    1. C’est le premier roman de McEwan que je lis et, tu l’auras compris, j’ai beaucoup beaucoup aimé ! Oui oui, je sais, je me répète ! 😉
      Bon, du coup, je veux en lire d’autres, mais peut-être pas « Sur la plage de Chesil » alors…

    1. Ah bon ?! Ben mince alors ! 😦
      Donc, récapitulazzzion ! : pas « Sur la plage de Chesil », ni « Opération Sweet Tooth »… « L’intérêt de l’enfant » ne serait-il donc qu’une belle exception dans l’œuvre de McEwan ? A suivre…

  1. Mais si, Opération Sweet T! Mais si, Sur la plage de Chesil! Peut être pas sans défauts, mais bien quand même. Moi j’ai encore préféré Solaire, jubilatoire!(tu auras compris, je suis fan, et ma bibli a intérêt à l’acheter, non mais)

    1. Un tel enthousiame fait plaisir à lire ! 🙂
      Je pense donc poursuivre ma découverte de Ian McEwan avec soit « Solaire », soit « Expiation » dont j’ai lu beaucoup de bien…

  2. Expiation est tout simplement magistral…
    Chesil risque de ne pas t emballer si tu es jeune (!) ce que je devine entre les lignes? Il parle de complications autour de la sexualité qui peuvent sembler d’un autre temps

    1. Mes petites 35 années sont fières de leur jeunesse ! 🙂 Je poursuivrai sans aucun doute ma découverte de McEwan, mais je ne sais encore avec quel titre…

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