[roman] « La Tournée d’automne » Jacques Poulin

Aujourd’hui, dernier jour de Québec en novembre, c’est « méchant party » ! J’en profite donc pour vous présenter mon coup de cœur absolu de tous les temps que j’aime d’amûûûr d’entre toutes mes lectures québécoises…

La Tournée d'automne - Jacques Poulin

Il est « le Chauffeur », dont on ne connaîtra jamais le nom. Il est un conducteur de bibliobus qui se prépare pour sa tournée d’été à travers le Québec. Elle, s’appelle Marie, est française, et accompagne une troupe de saltimbanques à travers la « Belle Province ». Lors d’un de leur spectacle, à Québec, le Chauffeur remarque cette femme aux cheveux gris, à la voix un peu cassée, et au beau visage osseux, comme celui de Katherine Hepburn. Ils échangent quelques mots. Après plusieurs rencontres fortuites, la troupe de Marie décide de suivre, dans un vieux bus scolaire aménagé, le bibliobus du Chauffeur dans sa tournée afin de visiter la Côte-Nord de la Province.

On suit donc le Chauffeur dans sa tournée, de villages en villages. On partage son plaisir de la lecture, sa joie de faire découvrir les œuvres qu’il transporte, son bonheur aussi de retrouver ses réseaux de lecteurs, des hommes et femmes qui sont presque devenus pour lui des amis : Madeleine, l’ancienne bibliothécaire chef de réseau de Sainte-Irénée, le garde forestier de Baie-Trinité, ou encore le pilote d’hydravion de Havre-Saint-Pierre…

On comprend aussi que le Chauffeur est un peu las, et inquiet à l’idée de vieillir. Il ne veut pas avoir à supporter la déchéance physique inhérente au vieillissement. Il a donc décidé que cette tournée serait la dernière.

A mon âge, je n’ai rien appris de ce qui est essentiel : le sens de la vie, le bien et le mal… On dirait que mon expérience se ramène à zéro. J’exagère mais à peine, je le jure. Pire encore, j’éprouve toujours les mêmes craintes, les mêmes désirs, les mêmes besoins que lorsque j’étais petit. Quand les déficiences physiques viendront s’ajouter à tout cela – et elles sont inévitables –, ce sera le désastre, la déchéance. C’est ça que je ne veux pas vivre. (p.178)

Ce roman est donc, en premier lieu, un récit sur les livres, l’amour des livres, et le plaisir de la lecture. Mais c’est aussi un questionnement sur le rôle des livres et leur efficacité : peuvent-ils rendre la vie plus légère, plus supportable, quand elle va mal ? La littérature est-elle nécessaire au bonheur humain ? Permet-elle la connaissance du monde ? Peut-elle apporter réponses et réconfort ?

– C’est vrai que les livres nous protègent, dit-il, mais leur protection ne dure pas éternellement. C’est un peu comme les rêves. Un jour ou l’autre, la vie nous rattrape. (p. 142)

La Tournée d’automne est aussi un roman sur la nature et les relations de l’homme avec elle. En quelques phrases évocatrices, quelques mots justes et précis, l’auteur nous emmène sur les rives du Saint-Laurent, à la découverte de la Côte-Nord du Québec et des beautés d’un paysage que l’homme a laissé quasiment intact, ou du moins, qu’il occupe sans destruction. Le rapport à la nature est donc un rapport d’authenticité : l’environnement, dans sa beauté brute et simple, s’impose en douceur aux personnages (et au lecteur), les empreigne, et a sur tous un effet apaisant.

Enfin, ce roman est l’histoire d’une rencontre amoureuse. Une rencontre qui tient de l’évidence entre deux êtres qui semble se reconnaître l’un l’autre et s’avèrent en accord parfait. Leur relation est toute en pudeur et retenue, pleine de douceur et de tendresse, de compréhension mutuelle faite aussi de silences. Pourtant, quelque chose semble retenir les deux personnages, et cette tension parcourt l’ensemble du roman. Ce conflit qui anime les deux personnages principaux constitue le double thème principal de l’œuvre : la vieillesse et la mort / l’amour et la vie…

Il se dégage de ce récit, qui aborde à la fois des sujets graves (le vieillissement, le suicide) et plus légers (le plaisir de la lecture, l’évidente beauté de la nature, le bonheur de la rencontre), une immense clarté et une grande sérénité. Porté par un style simple et limpide, très fluide, minimaliste mais d’une grande précision, c’est un très beau roman, intimiste, subtil, poétique et chaleureux, un peu mélancolique, mais aussi plein de tendresse et de délicatesse. On se sent bien dans ce roman, comme chez soi, entouré de livres, bercé par le ronronnement des chats, en contemplation devant les paysages québécois…

Un vrai, beau, livre-doudou, lumineux et réconfortant.

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⭐⭐⭐ Jacques Poulin, La Tournée d’automne, éd. Actes Sud, coll. Babel, 1997 (1993), 208 pages, 6,50 €.

Du même auteur : Jimmy & Chat sauvage.

Lire & délires Thématique : le Québec

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23 commentaires sur “[roman] « La Tournée d’automne » Jacques Poulin

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  1. Tout pareil ma Blue, un grand coup de coeur ce bouquin… Qui m’a d’ailleurs fait découvrir Jacques Poulin, maintenant une de mes valeurs sûres 😀

      1. Oui : chat sauvage, Volkswagen blues et les yeux bleus de Mistassini .. mais je ne trouve plus les résumés car je les ai lu en 2005 ou 2006 et entre deux mon ordi est mort et je n’ai pas pu récupérer toutes mes données.

      2. Je ne saurais pas te conseiller, car jeles ai lu il y a près de 15 ans .. alors le souvenir est un peu flou et je ne retrouve pas mes fiches lecture de l’époque.

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