[roman] « Chronique d’une mort annoncée » Gabriel Garcia Marquez

chronique d'une mort annoncée - Gabriel Garcia Marquez

Le jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s’était levé à cinq heures et demie du matin pour attendre le bateau sur lequel l’évêque arrivait. (p. 9)

Les frères Vicario ont annoncé à tous ceux qu’ils ont rencontrés leur intention de tuer Santiago Nasar, accusé d’avoir déshonoré leur sœur. Le village entier est alerté, à l’exception du seul intéressé. Ainsi ce matin-là, à l’aube, Santiago Nasar est poignardé devant sa porte…

Vingt-sept ans après les faits, le narrateur (et ami de Santiago Nasar) recueille les témoignages, reconstitue les circonstances du meurtre, et cherche à comprendre pourquoi ce crime, annoncé, n’a pu être évité. Pourquoi personne n’a rien fait pour empêcher l’assassinat ? Des servantes familiales au responsable de la sécurité du village, en passant par le curé, ou les bouchers des abattoirs, on avait, semble-t-il, ses raisons : Les uns n’ont rien fait, croyant à une simple fanfaronnade d’ivrognes ; d’autres ont tenté d’agir, mais un enchevêtrement complexe de contretemps et d’imprévus les a empêchés ; enfin, la rancœur de certains a même facilité la volonté du destin…

La plupart de ceux qui se trouvaient au port savaient qu’on allait tuer Santiago Nasar. Don Lazaro Aponte, colonel de l’académie militaire en retraite et maire du village depuis onze ans, l’avait salué d’un signe des doigts. « J’avais toutes mes raison de croire qu’il ne courait plus aucun risque », me dit-il. Le père Amador ne s’en était pas préoccupé d’avantage. « Quand je l’ai vu sain et sauf, j’ai pensé que tout cela n’avait été qu’une turlupinade. » Personne ne s’était demandé si Santiago Nasar était prévenu, car le contraire paraissait à tous impossible. (p. 24)

Ce roman, qui pourrait paraître simple relation d’un fait divers surréaliste, repose sur la mécanique de la tragédie grecque. Le récit est implacable : l’inexorabilité d’un destin aussi impitoyable que capricieux accable dès les premières pages le jeune homme marqué par le sort, promis à la mort. Dès lors l’histoire se déroule sous la forme d’une spirale infernale qui précipite la victime vers sa fin, connue de tous, qu’il soit acteur ou lecteur, et pourtant totalement inéluctable. Héros tragique et bouc-émissaire à la fois, Santiago Nasar n’est ni réellement bon, ni réellement mauvais, ni, surtout, réellement coupable. Dans ce roman, la culpabilité, si elle est bien le fait des deux frères Vicario, est aussi collective : les villageois (le chœur antique) chuchote l’imminence, chacun apportant sa contribution, souvent sans le vouloir, à l’enchaînement des événements menant au drame… La passivité de la raison, la force de la coutume et la pression sociale l’emportent : le crime d’honneur est collectif.

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⭐ Gabriel Garcia Marquez, Chronique d’une mort annoncée (Crónica de una muerte anunciada), traduit de l’espagnol par Claude Couffon, éd. Grasset, coll. Le Livre de Poche, 1981, 115 pages.

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11 commentaires sur “[roman] « Chronique d’une mort annoncée » Gabriel Garcia Marquez

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  1. Depuis le temps que j’entend parler de cet auteur, il faudra que je me lance un jour. En as-tu lu d’autres ? par lequel commencer ? pour celui-ci j’hésite.

    1. Pour l’instant, c’est le seul livre de cet auteur que j’ai lu. Je pense poursuivre avec le très renommé « Cent ans de solitude ».

  2. Je ne m’en souviens pas dans les détails, mais cette lecture m’avait frappée par cette inéluctabilité du drame que tu évoques… On voudrait empêcher l’issue tragique, tout en sachant qu’elle est inévitable.
    J’avais beaucoup aimé Cent ans de solitude. Même si je ne m’en souviens pas davantage, je sais que j’avais apprécié la densité de ce roman, le mélange « saga familial » et dimensions surnaturelle..

  3. Bonjour,
    « Chronique d’une mort annoncées » fut pour moi une expérience de lecture admirative. Gabriel Garcia Marquez maintient une tension tragique et inéluctable et y parvient alors qu’un récit tel que celui-là était hautement périlleux. C’est un bijou de littérature selon moi !

    « Cent ans de solitude » (il y a bien une dizaine d’année) c’est un roman assez dense dont les dernières pages, dans mon souvenir, sont la plus belle expérience de lecture que je n’ai jamais eu ! Un tourbillon émotionnel vertigineux ! Ça c’est mon souvenir et je vais devoir le confronter à une nouvelle lecture !

    Garcia Marquez est un prix Nobel tout de même !

    1. Dans « Chronique d’une mort annoncée », j’ai admiré la façon dont Gabriel Garcia Marquez construit son récit, la façon dont il nous fait ressentir l’inéluctabilité des événements, mais je suis restée « extérieure » au récit, pas vraiment touchée/impliquée…
      Mais j’ai très envie de découvrir « Cent ans de solitude » !

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