[roman] « Monde perdu » Patrícia Melo

Monde perdu - Patricia Melo

Je suis en cavale.

Máiquel, tueur à gages rageur, est donc en cavale, depuis dix ans. Quand il revient à São Paulo, c’est pour enterrer sa vieille tante, sa seule famille. Ou presque. Il réalise alors qu’il lui reste sa fille, Samantha, que son ex a emmenée vivre chez les évangélistes et qu’il n’a pas vu grandir. Grâce au pécule hérité de tante Rosa, il engage un privé pour la retrouver. Commence alors une road story à travers un Brésil à la dérive, famélique et gangrené par les trafics et les sectes. En chemin, Máiquel multiplie les rencontres, les amours sans lendemain, et les cadavres, froidement, se réfugiant derrière l’adage qu’il a tatoué sur son bras : « Rien à foutre ».

« Rien à foutre ». Et c’est bien ce qui est gênant dans ce roman. Máiquel se fout de tout et de tout le monde. Aucune humanité. Il croise la détresse de ses compatriotes, et reste indifférent. Il collectionne les conquêtes (on se demande d’ailleurs comment), et reste détaché. Il tue, et reste impassible. Même la recherche de sa fille (dont il ne se rappelle l’existence qu’au bout de 10 ans !) semble accessoire, un simple prétexte à ce périple sans réel sens. Toute la compassion dont il semble capable va uniquement à son chien pouilleux, Tigre. Et le style du récit est aussi froid que son « héros ».

Je n’allais pas laisser Tigre entre les mains des Boliviens. Plutôt crever. Sans moi, il ne survivrait même pas une semaine. Qui allait s’occuper d’une vieille loque comme lui ? Vieux. Boiteux. Quel que soit l’endroit, il se prendrait des coups. A la ferme de Juan, qui sait s’ils n’allaient pas lui mettre aussitôt une balle dans la tête ? Je ne fais jamais ça au chien. (p. 156)

En toile de fond, ce roman évoque les problèmes et les fléaux du Brésil contemporain, loin de l’image fantasmée d’un mythique Brésil exotique : paysans sans terre, abattoirs clandestins, déforestation, narcotrafic, sectes évangélistes… Mais tout cela n’est finalement qu’évoqué, sans approfondissement, simple décor glauque et miséreux.

Un roman désespéré, et désespérant.

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Patrícia Melo, Monde perdu (Mundo perdido), traduit du portugais (Brésil) par Sébastien Roy, éd. Actes Sud, coll. Lettres latino-américaines, 206 pages, 18,80 €.

Lire & délires Thématique : la lusophonie

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