[nouvelles] « Légendes d’automne » Jim Harrison

Légendes d'automne - Jim Harrison

Ce livre regroupe trois récits :

Le premier, Une vengeance, met en scène Cochran, un quarantenaire ancien militaire. Cochran entretient une folle liaison amoureuse avec Miryea, femme de l’un de ses amis mafieux mexicain et trafiquant de drogue. Lorsque le mari découvre leur trahison, il les fait tabasser par ses gros bras, abandonne Cochran pour mort en plein désert, et « confie » Miryea à un bordel. Mais Cochran n’est pas mort et, une fois remis de ses blessures, il va se lancer dans une double quête : quête de vengeance et recherche de Miryea.

Ce premier récit est dur est violent. Cochran, le narrateur, apparait comme un homme déterminé, obnubilé par son désir de vengeance. Pourtant, au moment où enfin il pourrait l’assouvir, il y renonce… Ce qui n’empêchera pas la tragédie finale d’advenir. Ce récit contient aussi, comme souvent chez Jim Harrison, de belles évocations de la nature, ici des plaines arides du désert mexicain.

Dans L’Homme qui abandonna son nom, Jim Harrison nous raconte l’histoire de Nordstrom, un homme d’affaire qui, après son divorce, prend peu à peu conscience de la vacuité de son existence. Il décide alors de s’affranchir de tout ce qui faisait sa vie : il quitte son travail, s’éloigne des siens, distribue sa fortune, se met à la cuisine et se pose toutes sortes de questions sur la vie et les gens qui l’entourent. Il se met aussi à rédiger un journal dans lequel il revient sur son passé, exprime ses incertitudes mais aussi ses nouvelles perspectives… Jusqu’où ira son « lâcher prise » ?

Ce récit m’a beaucoup touchée car il questionne l’envie qui sommeille en chacun de nous de nous affranchir de la conformité et de nous libérer des contraintes sociales, de trouver le courage de rejeter tout ce que nos existences ont de superficiel pour se rapprocher de ce que la vie a de plus vrai. Par sa remise en question, Nordstrom devient peu à peu un personnage extrêmement sympathique. Ce récit me laisse aussi en mémoire les très jolies scènes de cet homme, plus tout jeune ni très fringant, dansant seul, la nuit, pendant des heures, dans son salon…

Enfin le troisième récit, Légendes d’automne (dont est inspiré le film d’Edward Zwick), retrace la destinée des frères Ludlow : l’ainé, Alfred, sérieux et réfléchi ; Tristan, indomptable et impulsif ; et Samuel, le cadet, sensible et érudit. Les trois frères s’engagent aux côtés des Anglais lors de la Première Guerre Mondiale mais Samuel, le préféré de la famille, n’en reviendra pas. Tristan quant à lui reviendra d’Europe révolté par l’absurdité de la guerre et le décès de son frère. Il passera son temps à courir l’aventure au bout du monde, ses rares moments d’apaisement et de bonheur toujours bouleversés par une nouvelle tragédie.

Cette nouvelle met en scène des personnages aux caractères forts, rudes et bruts, à commencer par Tristan, un écorché vif toujours insatisfait et insatiable, insoumis et rebelle, un personnage fascinant ! L’autre personnage prépondérant de cette nouvelle est le Montana lui-même. Harrison en fait un personnage à part entière, dont la beauté et la sauvagerie influent sur le récit. Cette nouvelle à l’atmosphère très particulière, successivement triste et lumineuse, questionne l’essence même du bonheur dans ce qu’il a d’éphémère et de fugitif.

Le style de Jim Harrison est simple, parfois direct et brutal, percutant, mais sait aussi être, par moment, poétique et sensible. Sa façon de décrire et de célébrer la nature, son charme fragile et sa spectaculaire beauté au fil des saison, est saisissante. Dans ces trois récits à la beauté sombre, il est question d’amour et de violence, de choix et de destin, de vengeance et de rédemption. Et de la liberté. C’est une ode à la liberté que composent ces trois récits, chacun donnant sa propre définition du terme. Les personnages forgés par Jim Harrison apprennent à se libérer, mais, pour cela, ils doivent accepter de faire un pas de côté et d’entrer dans les marges…

« Les romans de Harrison font entrevoir en chacun de nous l’ombre portée du criminel, du tricheur et du saint. » Yann Queffélec, Le Nouvel Observateur

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⭐⭐ Jim Harrison, Légendes d’automne (Legends of the Fall), traduit de l’américain par Serge Lentz, éd. 10/18, 2010 (1979), 318 pages, 7,50 €.

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12 commentaires sur “[nouvelles] « Légendes d’automne » Jim Harrison

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  1. Il est sur mes étagères depuis longtemps , et je n’ai toujours pas osé, il est à l’origine de mon film préféré de tous les temps celui qui m’a le plus touché à ce jour, j’appréhende beaucoup!

    1. Je n’ai pas vu le film, je n’avais donc pas cette apréhension que je comprends tout à fait pour l’avoir ressenti pour d’autres livres…

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