[roman] « Berceuse pour un pendu » Hubert Klimko

Berceuse pour un pendu - Hubert Klimko

Je suis là où s’achève le monde tangible, accessible, visible d’un bateau ou d’une voiture, un monde qui fait partie d’une histoire racontée mais pas écrite jusqu’au bout. C’est le mois d’août. Un mois d’août comme les autres. Semblable apparemment au mois précédent. Effluves de l’océan, marée basse, marée haute, vagues, mouettes, vent, conteneurs rouillés à l’horizon, plage de sable volcanique, panneau signalant les heures où le tas de pierres et le carré d’herbe s’unissent et se désunissent. Tout paraît comme avant, rien ne semble manquer. La nature progresse à son rythme immémorial. L’est et l’ouest. Le jour et la nuit. Je respire, je vis, je suis, j’aime, je vois. Mais dans cette image d’août, il manque une silhouette en maillot bleu. […] Szymon est parti. Il n’est plus dans la ville. On ne peut plus le voir dans la rue. Ces rencontres me manquent plus que tout…

Il y a tout d’abord le narrateur, jeune immigré polonais à Reykjavik (Islande), qui fait les métiers les plus divers pour gagner sa vie : il s’improvise artiste peintre de croûtes, se lance dans le mime de rue, publie des Poèmes sortis de l’armoire… Et puis il y a ses deux inséparables amis, tous deux un peu fêlés : l’invraisemblable Boro, mi-fou mi-artiste, excentrique peintre croate qui a la phobie du vert et qui, à ses heures perdues, joue de l’harmonica sur une plage déserte à son orque apprivoisée ; et Szymon, polonais lui aussi, violoniste et compositeur doué mais méconnu, à la fois génial et fou.

A la lecture de ce court roman, on est frappé par la douceur et la tendresse qui s’en dégagent. L’écriture est rapide, épurée, sans effets de styles. Dans cette immédiateté des mots, on sent l’urgence, la nécessité absolue, viscérale, pour l’auteur, de raconter une histoire qui lui tient particulièrement à cœur. Car Berceuse pour un pendu est plus qu’un roman. C’est, incontestablement, un texte largement autobiographique et très personnel. C’est certes une œuvre touchante sur l’exil, la solitude, la folie, mais c’est avant tout l’histoire déjantée d’une amitié, une amitié profonde, inconditionnelle, entre trois hommes un peu perdus, un peu excentriques, un peu fêlés. C’est un chant d’effusion entre déclassés de l’existence…

J’éprouve un besoin irrésistible d’écrire l’histoire d’une amitié, un minuscule fragment de vie.

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⭐ Hubert Klimko, Berceuse pour un pendu, traduit du polonais par Véronique Patte, éd. Belfond, coll. Littérature étrangère, 2010, 141 pages, 16 €.

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