[roman] « Impardonnables » Philippe Djian

Impardonnables - Philippe Djian

Je savais parfaitement qu’elle n’était pas là. J’écoutais Pastime Paradise, la voix merveilleusement pleurnicharde et rauque de Patti Smith, et je regardais l’avion d’Alice atterrir, lourd et vibrant dans un soleil de fin d’été orangé, encore chaud, sachant très bien qu’elle ne s’y trouvait pas.

Francis, écrivain sexagénaire, ancien abonné au succès, a perdu sa femme et l’une de ses filles dans un terrible accident de voiture, une dizaine d’années auparavant. Aujourd’hui installé au pays basque avec sa nouvelle épouse, Judith, il s’occupe de loin en loin de sa seconde fille, Alice, comédienne, et de ses petites-filles, Anne-Lucie et Lucie-Anne. Il vivote tant bien que mal des ultimes retombées de ses triomphes déjà anciens et aimerait se replonger dans l’écriture.

Mais au fil du récit, la vie de Francis va basculer : sa fille Alice disparait (enlèvement, décès, fuite ?) ; il perd peu à peu sa compagne à force de trop vouloir la garder ; il renoue une amitié de jeunesse avec une femme devenue détective privée, Anne-Marguerite, bientôt atteinte d’un cancer ; il sauve Jérémie, le fils d’Anne-Marguerite, de la mort – et la suite et la fin de l’histoire nous apprendront qu’il n’aurait peut-être pas dû… Impossible de résumer cette intrigue brinquebalante, avec sa multiplicité d’histoires, de rebondissements et de personnages. Le tout, totalement invraisemblable, n’en reste pas moins presque banal.

Ce roman n’est pas sans qualité : Francis, le personnage central, est magnifiquement incarné (fiévreusement égocentrique et infantile, il manie l’autodérision avec délice, est totalement déraisonnable, et malgré tout attachant) ; la narration bousculée, avec ses ellipses et ses ruptures de chronologie (parfois déroutantes, surtout sur la fin du roman où tout s’accélère) est très dynamique ; le style, dont le négligé n’est qu’apparent, est nerveux et incisif. Toutefois, malgré toutes ces qualités stylistiques, ou peut-être justement à cause d’un excès de style, le roman garde à distance son lecteur : il est difficile de réellement s’intéresser à ce qu’il va advenir.

Impardonnables dit la violence de la société, les familles brisées par des passions, la difficulté du pardon et de la miséricorde et, surtout, la complexité de vivre et aimer.

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♥ Philippe Djian, Impardonnables, 2009, éd. Gallimard, coll. blanche, 232 pages, 17,50 €.

Du même auteur : Impuretés & Doggy bag, saison 1.

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