[polar] (Adamsberg 2) « L’homme à l’envers » Fred Vargas

Adamsberg 2 - L'homme à l'envers - Fred Vargas

Les bergers du Mercantour n’approuvent pas l’idée de la réintroduction de loups sur leur pâturage… alors, quand une bête énorme se met à dévorer brebis et agneaux, la colère monte chez les paysans ! Mais est-ce bien un loup qui tue les bêtes autour du village de Saint-Victor ? Et quand l’animal s’en prend aux humains, les superstitions ressurgissent, un bruit se propage : ce n’est pas une bête, c’est un homme, un loup-garou ! À Paris, devant sa télé, le commissaire Adamsberg guette les nouvelles de la Bête du Mercantour, d’autant plus intrigué qu’il a cru reconnaître Camille, « La Petite Chérie », sur la place de Saint-Victor…

Nous voilà donc embarqués dans un road-movie en bétaillère, à la poursuite d’une bête fabuleuse, ballotés entre le suspense de la traque et l’humour des situations et des personnages. Car ce sont surtout les personnages, tous hauts en couleur, qui font l’intérêt de ce roman, plus que le mystère lui-même (qui ne prend guère) et l’intrigue (un peu cheap). Quant au style, il est très inégal, assez relâché, oscillant entre vivacité et lourdeur.

Les personnages, donc. En premier lieu, nous avons Camille, ex d’Adamsberg dont nous avons fait la connaissance dans le précédent tome de la saga, L’homme aux cercles bleus. Pour oublier que la vie est moche, Camille a posé sa valise, sa musique et son catalogue d’outillage dans un petit village du Mercantour, auprès de Lawrence, un canadien spécialiste du grizzli venu étudier les loups. Lawrence est grand, blond, beau, doux… Exit Adamsberg ! Et puis, il y a Suzanne, une éleveuse très respectée dans la région, qui sera la première victime humaine de la bête ; Soliman, le fils adoptif de Suzanne, d’origine africaine, amateur de définitions du dictionnaire ; et le Veilleux, vieux berger solitaire et taciturne, un peu inquiétant, toujours sa vieille pétoire et une bouteille de blanc à portée de main. Et enfin, Adamsberg, personnage étrange au charisme puissant et aux manières délicates. Son arrivée tardive (au 2/3 du roman) pimente enfin une intrigue languissante…

Petit à petit, on s’imprègne de l’ambiance, de l’environnement campagnard et taiseux, et on se fait une place parmi tous ces personnages hauts en couleur. Alors, même si l’intrigue elle-même n’est pas des plus palpitantes, on suit avec plaisir cette petite troupe hétéroclite sur les traces de la Bête !

– Tu vas dormir où, cette nuit ?
Adamsberg haussa les épaules.
– Sous ce prunier. Ou dans ma voiture. Il ne fait pas froid.
Le Veilleux acquiesça, remplit les deux verres, et se tut.
– Tu l’aimes ? demanda-t- il de sa voix sourde, après plusieurs minutes de silence.
Adamsberg haussa de nouveau les épaules, sans répondre.
– Je m’en fous que tu te taises, dit le Veilleux, j’ai pas sommeil. J’ai toute la nuit pour te poser la question. Quand le soleil se lèvera, tu me trouveras là, et je te la reposerai, jusqu’à ce que tu me répondes, à attendre Massart sous le prunier, je te demanderai encore. Je m’en fous. J’ai pas sommeil.
Adamsbeg sourit, avala une gorgée de vin.
– Tu m’emmerdes avec ta question.
– Ça prouve que c’est une bonne question.
– J’ai pas dit qu’elle était mauvaise.
– Je m’en fous, j’ai toute la nuit. J’ai pas sommeil.
– Quand on pose une question, dit Adamsberg, c’est qu’on a déjà la réponse. Sinon on la boucle.
– C’est vrai, dit le Veilleux. J’ai déjà la réponse.
– Tu vois.
– Pourquoi tu la laisse aux autres ?
Adamsberg resta silencieux.
– Je m’en fous, dit le Veilleux. J’ai pas sommeil.
– Merde, le Veilleux. Elle n’est pas à moi. Personne n’est à personne.
– Finasse pas avec ta morale. Pourquoi tu la laisses aux autres ?
– Demande au vent pourquoi il ne reste pas sur l’arbre.
– Qui est le vent. Toi ? Ou elle ?
Adamsberg sourit.
– On se relaie.
– Ce n’est pas si mal mon gars.
– Mais le vent s’en va, dit Adamsberg.
– Et le vent revient, dit le Veilleux.
– C’est ça le problème. Le vent revient toujours.
– Le dernier verre, avertit le Veilleux en examinant la bouteille dans l’obscurité. Faut qu’on se rationne.
– Et toi, le Veilleux ? T’as aimé quelqu’un ?
Le Veilleux resta silencieux.
– Je m’en fous, dit Adamsberg. J’ai pas sommeil.
– T’as la réponse ?
– Suzanne, toute ta vie. C’est pour ça que j’ai vidé ta cartouchière.
– Fumier de flic, dit le Veilleux.

______________________________

♥ Fred Vargas, (Adamsberg 2) L’homme à l’envers, éditions Viviane Hamy, 1999, 301 pages.

Du même auteur : (Adamsberg 1) L’homme aux cercles bleus.

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6 responses to “[polar] (Adamsberg 2) « L’homme à l’envers » Fred Vargas”

  1. yueyinl says :

    mais euuuuh tu continue à être méchante avec mes bouquins chouchou, j’ai adoré celui-là 🙂

  2. 22anjelica says :

    tu t’accroches 🙂

  3. yueyin says :

    En même temps c’est une affaire de goût, ce que j’aime comme la plupart des fans, ce sont les personnages et justement le style de Vargas (que je trouve drôle et poétique moi 🙂 ). Même si certains romans sont forcément meilleurs que d’autres, la constante c’est le style 🙂 du coup si tu ne l’aimes pas, ben ça restera comme ça 🙂

    • BlueGrey says :

      J’aime moi aussi les personnages, et j’ai bien envie de avoir ce qu’ils deviennent, mais le style non, décidément non… Donc, en effet, je pense que je vais rester définitivement hermétique à Fred Vargas… Tant pis !

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