[polar] « La fille du train » Paula Hawkins

La fille du train - Paula Hawkins

Tous les matins, Rachel prend le train de banlieue qui l’amène de Ashbury à Londres. Et tous les matins, elle voit défiler le même paysage et observe les mêmes maisons au bord de la voie ferrée… surtout une, habitée par un couple auquel elle s’attache et dont elle fantasme la vie, allant jusqu’à leur donner des prénoms : Jess et Jason. Jusqu’au jour où elle apprend que Jess a disparu… elle se souvient alors d’événements équivoques entraperçus par les fenêtres… et décide de se mêler de l’enquête. Mais, portée sur le gin tonic, Rachel perd souvent la mémoire et ce qu’elle croit voir n’est pas forcément la réalité.

Le personnage principal de ce roman est donc Rachel, trentenaire divorcée et sans emploi. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’est pas très sympathique, Rachel ! Parfois touchante, mais sympathique, non. Car, outre être portée sur l’alcool, Rachel est menteuse, voyeuse, intrusive, agressive, jalouse, un peu cinglée et totalement à la dérive ! D’avoir fait de ce personnage « borderline » le personnage central du récit est, assurément, l’une des bonnes idées de ce roman atypique. Car l’alcoolisme de Rachel, bien que terrible, rend les choses particulièrement intéressantes, puisqu’elle a des trous de mémoire, ne sait parfois plus ce qu’elle a fait ou dit, où elle se trouve… et n’a pas confiance elle-même en ses propres souvenirs. C’est pourtant elle le témoin principal de l’affaire. Mais peut-on se fier à ce qu’elle dit avoir vu ? Et n’est-elle pas elle-même mêlée à l’étrange disparition de Jess ?

Au fil du roman, deux autres voix se mêlent au récit de Rachel : celle d’Anna (la nouvelle compagne de Tom, l’ex-mari de Rachel), et celle de Megan (le vrai prénom de Jess, la disparue). Leurs points de vue divergents apportent un éclairage différent sur les mêmes événements, entraînant une montée progressive du suspense : Qui dit vrai ? Qui dit faux ? L’alcoolique est-elle la moins fiable ou la plus clairvoyante ? Paula Hawkins brosse ainsi, aussi, trois formidables portraits de femmes face à leurs démons…

La fille du train est donc, indéniablement, un thriller psychologique très réussi : il est vraiment difficile de lâcher ce livre une fois entamé !  Malgré quelques longueurs au démarrage et quelques atermoiements éthyliques de Rachel assez répétitifs, on est vite totalement happé par cette histoire qui n’est qu’une suite de fausses pistes et de faux semblants. On est complètement embarqué, ballotté, manipulé, et on finit par soupçonner tout le monde ! La Fille du train s’avère donc un page-turner très efficace ! Mais La Fille du train n’est cependant pas qu’une mécanique à suspens, c’est aussi un regard sans concession, dévastateur, sur la famille, le couple, la maternité et les hommes… Certains passages sont d’ailleurs particulièrement crus et violents :

Tu ressembles à ces chiens abandonnés, ceux qui se sont fait maltraiter toute leur vie. On peut les frapper encore et encore, ils reviennent toujours en remuant la queue. Ils reviennent quémander en espérant que, cette fois, ce sera différent, que, cette fois, ils feront ce qu’il faut et qu’on les aimera enfin. Tu es exactement comme ça, pas vrai, Rach ? un clébard !

À la fois thriller, polar et roman psychologique, La fille du train pose au final cette question des plus inquiétantes : Connaît-on vraiment ceux qui nous entourent ?

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♥ ♥ Paula Hawkins, La fille du train (The Girl in the Train), traduit de l’anglais par Corinne Daniellot, éditions Pocket, 2016 (2015), 456 pages, 7,80 €.

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8 responses to “[polar] « La fille du train » Paula Hawkins”

  1. Folavril says :

    Belle chronique! Comme toi, j’avais beaucoup aimé ce thriller, très addictif.

  2. ingannmic says :

    J’ai trouvé ça très fort moi aussi, de prendre -entre autres- comme narratrice un personnage dont on ne sait si la parole est fiable.

  3. yueyin says :

    je en suis pas très thriller mais si c’est réussi 🙂

  4. Romanesquement Vôtre says :

    Chouette chronique ! Je te rejoins sur de nombreux points 🙂 En revanche, contrairement à toi et comme je l’ai expliqué dans ma chronique, je n’ai pas trouvé qu’il y avait véritablement du suspens. J’ai découvert le coupable presque au début en fait. Mais ça n’a pas gêné ma lecture parce que ce qui m’intéressait c’était la précision avec laquelle la psychologie des personnages était décrite 🙂
    Victoire

    • BlueGrey says :

      J’ai moi aussi découvert le coupable avant la fin (pas dès le début tout de même), mais malgré tout j’ai trouvé qu’il y avait suffisamment de zones d’ombres chez chaque personnage pour maintenir le doute et le suspens…

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