[roman] « Intimité » Hanif Kureishi

C’est la plus triste des soirées, car je m’en vais et ne reviendrai pas. (p. 7)

Quadragénaire, marié, père de deux jeunes enfants, situation confortable, mais pas heureux. Alors, il décide de partir. Et ce livre est le récit de sa dernière soirée chez lui, au milieu de sa famille, avant de tout abandonner ; femme, enfants, situation. A quoi pense-t-il alors qu’il prend son dernier repas avec eux et qu’il est le seul à savoir que c’est leur dernier repas ensemble, le dernier soir où il va les serrer dans ses bras ? Durant ce laps de temps finalement assez court (une soirée plus une nuit), il va dialoguer avec lui-même et faire défiler un bonne partie de ses souvenirs. Il va tenter de démêler ses sentiments, hésiter, renoncer, se persuader et, finalement, s’en aller, en quête d’une autre voix, d’une deuxième vie, peut-être pas aussi excitante qu’espérée, mais une vie libre.

Très introspectif, ce récit est celui d’une confession qui patauge en un mélange gluant de culpabilité et d’amour réticent. Le bilan s’avère sombre et amer : déclin du désir, incommunicabilité, désillusion amoureuse, inconstance des sentiments… Et si ce récit s’avère juste dans son ton, désabusé, il est finalement assez sévère envers son narrateur : j’avoue avoir ressenti une certaine aversion pour cet homme égocentrique et lâche, qui fuit sans un mot, sans une explication. J’aurai aussi aimé avoir un contre-point à cette histoire : qu’en est-il de sa femme ? De ses sentiments à elle ? Nous n’en saurons rien.

De ce récit, me reste une impression de gâchis, quelques résonances difficiles à admettre, mais aussi quelques jolies éclaircies, moments suspendus teintées d’espérance contenue :

Nous marchions ensemble, perdus dans nos pensées. Je ne sais plus où nous étions, ni même quand cela se passait. Puis tu t’es approchée pour me caresser les cheveux et me prendre la main ; je sais que tu me tenais la main et que tu me parlais doucement. Soudain, j’ai eu l’impression que tout était parfait, qu’on n’aurait rien pu ajouter à ce bonheur, à ce contentement. C’était tout ce qui était, tout ce qui pouvait être. Le meilleur de tout s’était concentré dans cet instant et ce ne pouvait être que de l’amour. (p. 164)

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⭐ Hanif Kureishi, Intimité (Intimacy), traduit de l’anglais par Brice Matthieussent, Christian Bourgeois éditeur, 1998, 163 pages, 13,72 €.

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4 commentaires sur “[roman] « Intimité » Hanif Kureishi

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    1. « Intimité » est le premier livre d’Hanif Kureishi que je lis et, malgré mon ressenti mitigé, j’ai lu ensuite « Le bouddha de banlieue » que j’ai bien plus aimé. C’est plus vif dans le style, et drôle ! Je comptai poursuivre avec « L’air de rien », mais tu me mets le doute…

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