[roman] « My absolute darling » Gabriel Tallent

Nous sommes sur la côte nord de la Californie, terre sauvage, couverte de denses forêts, en bordure de l’Ocean. « Turtle » Alveston a quatorze ans, plus de mère, un grand-père dans un mobile-home, un père charismatique survivaliste, une cabane de bois délabrée pour maison. Elle aime gober les œufs crus, arpenter les bois pieds nus, se baigner dans la rivière, et son fusil. Elle grandit comme elle peut, un peu « à la marge », dans un univers familial étriqué et menaçant, sans ami, et repoussant toute tentative d’approche… Car Turtle a un secret, effroyable, indicible.

Dans ce huis-clos vite étouffant entre Turtle et son père, on perçoit rapidement les premiers indices d’un dysfonctionnement dans leur relation, les ambiguïtés de leur duo exclusif et équivoque. Gabriel Tallent à un vrai talent pour distiller le doute, maintenir une tension tout le long de son roman, tout en jouant aussi, subtilement, sur les ambiguïtés des sentiments des protagonistes. Car, malgré la violence, il y a aussi beaucoup d’amour dans cette histoire. Le propos de Tallent est très subtil et plein de finesse : sans grande démonstration, il suggère et fait comprendre, et dresse des portraits ambivalents, terriblement crédibles. Et ainsi, petit à petit, le doute s’insinue en nous, l’incompréhension, la stupeur, le dégoût, jusqu’à l’horreur !

Et elle pense, Tu es dur avec moi mais tu es bon envers moi, et j’ai besoin de cette dureté. J’ai besoin que tu sois dur avec moi parce que je ne vaux rien pour moi-même, et tu me pousses à faire ce que je veux et que je n’arrive pas à faire seule ; et pourtant, pourtant… parfois tu n’es pas prudent. Il y a quelque chose en toi, quelque chose de pas prudent, de presque… Je ne sais pas, je ne suis pas sûre, mais c’est là en toi et je le sais. (p. 50)

J’ai été totalement happée par cette histoire, traversée par des sentiments ambivalents : fascination, dégoût, tendresse… Ce livre est à la fois magnifique et horrible, puissant et dérangeant. Toutefois, si j’avais un (tout petit, minuscule) bémol à émettre, je dirai que ce duo exclusif père-fille m’a tenu par moment « extérieure » au récit. Mais pour moi ce roman, très sombre, est, réellement, un grand roman.

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⭐ ⭐ ⭐ Gabriel Tallent, My Absolute Darling, traduit de l’américain par Laura Derajinski, éditions Gallmeister, 2018 (2017), 453 pages, 24,40 €.

Livre lu dans le cadre du « Picabo River Book Club ».

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17 commentaires sur “[roman] « My absolute darling » Gabriel Tallent

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  1. Il est chez moi celui-là. Mais j’ai un peu peur… j’ai tendance à avoir du mal avec ces romans dérangeants que tout le monde adore, surtout quand il est un peu de type nature writing…

      1. C’est pour ça que je dis presque ! Ce n’est pas une bonne période pour moi, vu que je suis en train de rédiger un mémoire. J’ai plus besoin de me divertir.

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