[roman] « Le cas Eduard Einstein » Laurent Seksik

Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution. (p. 280)

C’est ainsi qu’Einstein, le maître de la relativité, le plus grand génie du vingtième siècle, au soir de sa vie, avoue son désarroi et son impuissance face à un fils qu’il n’a pas compris et sans doute mal-aimé. Eduard Einstein était pourtant un enfant promis à de grandes choses, pianiste doué et esprit brillant qui avait lu Schopenhauer, Kant, Nietzsche et surtout Freud qu’il admirait : il rêvait de devenir psychiatre. Mais, à 20 ans, il est interné pour la première fois en asile psychiatrique après une grave crise de violence. Il sera diagnostiqué schizophrène et multipliera les internements, les « cures » diverses, les électrochocs… soutenu par une mère (première femme d’Albert Einstein) aimante mais désemparée. Et, pendant ce temps, Einstein père est absent : la montée du nazisme l’a contraint à l’exil. Il ne reverra jamais son fils.

Le roman mêle extraits de correspondances, faits réels de la vie d’Einstein et réflexions fictives, alternant trois voix : celle de Mileva, la mère dévouée ; celle d’Eduard, le fou attachant ; et celle d’Albert, génie impuissant face à la folie de son fils. Mais si le ton n’est jamais moralisateur et évite les trémolos, la forme chorale paraît parfois artificielle et les voix assez monocordes : celle de Mileva toujours douce et aimante pour son fils et acrimonieuse envers son ex-mari ; celle d’Eduard alterne entre haine du père et absence au monde ; et celle d’Albert parait bien distante… On découvre alors Einstein dans ses lâchetés et ses égoïsmes, ses contradictions aussi :

Il a eu tous les courages. Braver la Gestapo, soutenir, un des premiers, la cause des Noirs, aider à la création d’un État Juif, braver le FBI, ne pas baisser l’échine, ne jamais renoncer, écrire à Roosevelt pour construire la bombe contre l’Allemagne et écrire à Roosevelt pour arrêter la bombe destinée au Japon. Soutenir les juifs opprimés par le Reich. Pétitionner. Etre en première ligne. Mais aller voir son fils est au-dessus de ses forces. Il a trouvé ses limites. Seul l’univers ne connaît pas de limites… (p. 257)

Enfin, sous ce drame de l’intime Laurent Seksik dévoile aussi les tragédies du siècle : une Europe au bord du gouffre à l’heure de la montée du nazisme et de la persécution des juifs ; une Amérique gangrénée par la ségrégation raciale et la « Peur Rouge »… Mais ce qui traverse le roman (tant du point de vu intime qu’historique) aurait mérité d’être revêtu de plus de poids, de plus de profondeur.

Un récit touchant mais qui reste un peu froid.

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⭐ Laurent Seksik, Le cas Eduard Einstein, éditions J’ai lu, 2014 (2013), 316 pages, 7,60 €.

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