[récit] « Into the Wild – Voyage au bout de la solitude » Jon Krakauer

En septembre 1992, on retrouve dans un bus abandonné au pied du mont McKinley, en Alaska, le cadavre d’un jeune homme : Chris McCandless, 24 ans. Deux ans plus tôt, tout juste diplômé, Chris a tout quitté, offert toutes ses économies à une œuvre caritative, couper tout contact avec sa famille, adopté un nouveau nom (Alexander Supertramp) et pris la route pour aller vivre « ailleurs », autrement, à la recherche de l’expérience pure, transcendante.

Pourquoi a-t-il fui la civilisation ? Qu’a-t-il fait pendant ces deux ans ? Qui a-t-il rencontré ? Qu’a-t-il vécu ? Où est-il allé ? Comment est-il arrivé jusqu’à pied du mont McKinley ? Comment est-il mort ? Pourquoi ? C’est à ces multiples questions que tente de répondre Jon Krakauer dans cet ouvrage, en retraçant le parcours du jeune homme sur ces deux années et en compilant les témoignages de ceux qui ont croisé sa route pendant son périple et celui de sa sœur, sa seule véritable attache émotionnelle.

Petit à petit se dessine le portrait d’un jeune homme complexe, intelligent mais naïf, idéaliste et romantique, fortement influencé par ses lectures de Jack London et de Thoreau, dont l’idéalisme s’accordait mal avec le monde moderne, et qui a sans doute fui un environnement familial délétère pour un absolu de liberté. Un jeune homme sensible et touchant, qui a profondément marqué les personnes qu’il a rencontré durant son périple, s’attachant en peu de temps l’amitié de personnalités divers. Pourtant, chaque fois, il a repris la route et, après avoir sillonné le sud et l’ouest des États-Unis (subsistant grâce à de menus emplois), il s’est finalement dirigé vers l’Alaska pour réaliser son grand projet : vivre en solitaire en communion avec la nature.

En essayant de comprendre McCandless, l’auteur en vient à aborder d’autres sujets, plus généraux : l’attirance que la nature sauvage peut exercer sur l’imagination, le goût du risque de certains… Le livre confronte alors la reconstitution du parcours de McCandless à d’autres expériences d’aventuriers-explorateurs tels qu’Everett Ruess, John Muir ou l’auteur, lui-même alpiniste chevronné. De ces comparaisons on déduit le manque flagrant de préparation de Chris à son aventure. Toutefois, ces parallèles m’ont paru plutôt malvenus, surtout celui que l’auteur fait entre le périple de Chris et ses propres expéditions : Jon Krakauer se place alors au cœur d’un récit dont il n’est pas le sujet, ce qui m’a un peu dérangée.

Ainsi, si le récit de cette quête initiatique est réellement touchant, la forme de cette enquête n’est pas totalement convaincante. D’autant plus que, finalement, on en apprend peu sur les motivations de Chris qui restent opaques : une fois le livre refermé, on ne comprend toujours pas pourquoi un être aussi doux et attachant a fui la compagnie de ses semblables.

McCandless ne correspond pas très bien au type habituel de la victime de la forêt. Il ne connaissait pas l’Alaska, négligeait les précautions avec une témérité folle mais ne manquait pas de compétence – sinon, il n’aurait pas réussi à survivre pendant 113 jours. Ce n’était pas un idiot, ni un sociopathe, ni un bandit. Il était autre chose, mais il est difficile de dire quoi. Un pèlerin peut-être. (p. 107)

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⭐ Jon Krakauer, Into the Wild – Voyage au bout de la solitude (Into the Wild), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christian Molinier, éditions Presses de la Cité, 2008 (1996), 248 pages, 19 €.

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10 commentaires sur “[récit] « Into the Wild – Voyage au bout de la solitude » Jon Krakauer

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  1. Je l’ai lu il y a déjà quelques années après avoir adoré Wild et je cherchais un livre dans le même genre. Au final, je suis pas mal du même avis que toi. Cette lecture ne m’a pas aussi captivée que celle qui l’a précédé.

      1. Il faut pas juste que tu notes, il est vraiment intéressant, tu dois le lire absolument!

  2. J’avais beaucoup aimé le film de Sean Penn, vu dans un moment où moi aussi j’avais besoin d’aventures et de grands espaces. Il m’avait beaucoup marquée et la photo du film était vraiment magnifique. J’ai toujours hésité à lire le livre mais en lisant ton billet, je pense que la version de Krakauer pourrait me décevoir…

    1. Oui, il reste bien des zones d’ombres en refermant ce livre… Même si je ne m’attendais pas à ce que cette enquête révèle tout, car les motivations de Chris restent forcément du domaine de l’interprétation, je m’attendais à quelque chose de plus détaillé, de plus fouillé.

    1. D’après un article que j’ai lu après coup, la sœur de Chris a écrit un livre (« Into the wild, l’histoire de mon frère ») dans lequel elle explique que son frère aurait fui un contexte familial hautement toxique, notamment leur père, tyrannique et violent. Jon Krakauer l’évoque à demi-mots dans son ouvrage, la sœur de Chris lui ayant demandé alors de ne pas révéler cette partie de leur histoire familiale.
      https://www.lexpress.fr/culture/cinema/le-lourd-secret-derriere-into-the-wild_1772194.html

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