[roman post-apocalyptique] « Juste après la vague » Sandrine Collette

Ils étaient là tels des chatons trempés sous la pluie, calés les uns contre les autres avec leurs regards hébétés, les yeux qui cillaient à cause des rafales de vent et des averses chaudes. Devant eux, c’était la mer, mais pas que. Derrière, à gauche, à droite, c’était aussi la mer. En six jours, ils n’avaient pas eu le temps de s’habituer, mais ils avaient compris que le monde ne serait plus jamais comme avant. Ils ne disaient rien. Juste, ils se tenaient par la main tous les onze, le père, la mère et les neuf enfants, visages fouettés par le temps devenu fou, par le déluge qui ne s’arrêtait pas, ou si peu, les obligeant à se replier autour de la maison.
Six jours depuis la vague. (p. 9-10)

Il y a six jours, un volcan s’est effondré dans l’océan et a soulevé une vague monstrueuse qui a (presque) tout submergé. Reste, perchée au sommet d’une colline devenue îlot, une unique maison esseulée et, dans la maison, Pata, Madie et leurs 9 enfants, de 15 à 1 ans : Liam, Mattéo, Louie, Perrine, Noé, Émilie, Sidonie, Lotte et Marion.

Depuis six jours, ils espèrent voir arriver des secours mais personne ne vient. Et les provisions diminuent. Et l’eau continue, inlassablement, de monter… Les parents comprennent alors qu’il faut tenter la traversée vers les terres émergées. Mais sur leur barque, il n’y que 8 places : 11-8=3. Il faut donc laisser 3 enfants, en leur promettant de revenir les chercher… Mais lesquels laisser ? Les deux aînés sont indispensables pour aider le père à ramer, les quatre cadettes ne sauraient survivre seules ; ce sera donc les trois du milieu, les trois « éclopés » : Louie le boiteux, Perrine la borgne et Noé le rachitique.

Commence alors, d’un côté, le récit de ceux qui partent, qui doivent affronter à la fois les caprices d’une mer secouée de tempête et leur culpabilité lancinante et, de l’autre côté, le récit de ceux qui restent : trois enfants dévastés par cet abandon qu’ils ne comprennent pas et qui vont devoir s’organiser pour survivre sur leur îlot grignoté par les flots.

L’habileté de l’auteur est de nous plonger directement dans l’action, de nous confronter tout de suite aux conditions extrêmes que subissent les personnages : la terreur face à la vague gigantesque qui emporte tout, le désarroi face à une étendue d’eau à perte de vue, la détresse quand on réalise que l’eau continue à monter et va finir par recouvrir leur îlot de survie, la crainte d’une nouvelle tempête… Ainsi immergé dans l’action, sans temps mort, sans parenthèse de respiration, sans prise de recul possible, on y croit, on est avec eux : on souffre, on enrage, on est déboussolé, paniqué, on n’a plus vraiment les idées claires, on culpabilise, on frôle la folie… Et puis, il y aussi ces jolis moments d’accalmie, ces perles de tendresse entre parents et enfants, entre frères et sœurs, qui illuminent momentanément un récit par ailleurs très oppressant : Perrine qui préparent des crêpes à ses frères, Louie qui retient Noé d’une vague traîtresse, Madie qui chantonne et Pata qui entraîne toute la maisonnée en une joyeuse farandole…

Alors oui, l’intrigue pêche parfois un peu par facilité, et la seconde partie du roman est moins convaincante. Mais l’écriture de Sandrine Collette est très expressive, redoutable d’efficacité. Et ce roman, plein de suspense, nous parle aussi de courage, d’abnégation, de choix impossible, de résilience et, surtout, d’amour ; celui qui fait prendre tous les risques et qui donne tous les courages pour sauver les siens. Celui, aussi, qui pousse à franchir la Méditerranée sur des embarcations dérisoires dans l’espoir d’un avenir meilleur, loin de la misère et de la guerre…

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⭐⭐ Sandrine Collette, Juste après la vague, éditions Denoël, 2018, 301 pages, 19,90 €.

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8 commentaires sur “[roman post-apocalyptique] « Juste après la vague » Sandrine Collette

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  1. Les post apocalyptique, je commence à saturer quelque peu et je trouve cette auteure aussi très habile, mais trop habile pour que j’accroche … C’est dommage, ton billet est bien tentateur !

  2. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

  3. Je n’ai rien lu de cet auteur mais j’avais déjà noté ce roman. Dès que j’ai le temps, je me plonge dans son univers 🙂

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