[roman] « Zabor ou Les psaumes » Kamel Daoud

Zabor vit dans un village reculé d’Algérie, aux portes du désert. Orphelin d’une mère répudiée, rejeté par sa belle-mère et son père, raillé par ses demi-frères, Zabor grandi en paria, à l’écart de son village et de sa communauté, élevé par une tante « vieille fille » et un grand-père mutique. Car Zabor est « différent » : il dort le jour et erre la nuit, possède une voix chevrotante, s’évanouit à la vue du sang ou s’il tente de franchir les limites du village, trouve refuge dans les livres, et possède le pouvoir étrange et effrayant de prolonger la vie des personnes qui l’entourent en l’écrivant. Mais s’il arrête d’écrire, la mort reprend son dû. Et ce soir, l’un de ses demi-frères détestés vient frapper à sa porte : leur père est mourant et seul Zabor est en mesure, peut-être, de le sauver. Mais acceptera-t-il de prolonger les jours d’un homme qui n’a pas su l’aimer ?

Écrire est la seule ruse efficace contre la mort. Les gens ont essayé la prière, les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l’immobilité mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution : écrire. (p. 13)

Tous, vieux et enfants, étaient liés à la vitesse de mon écriture, au crissement de ma calligraphie sur le papier et à cette précision vitale que je devais affiner en trouvant le mot exact, la nuance qui sauve de l’abîme ou le synonyme capable de repousser la fin du monde. (p. 14)

En une confession fiévreuse, Zabor évoque aussi bien l’amour de la terre d’Algérie que l’exclusion et l’exil dans son propre village ; la sexualité qui peut être libération et extase quand elle est vécue sans contrainte mais qui peut aussi générer frustration et violence quand elle est empêchée ; la condition de la femme quand elle est sous domination masculine ; le désamour qui restreint ; la détestation de la religion quand, dans son extrême, elle abêtie ; et le pouvoir de l’imaginaire, de la littérature et de l’écriture contre l’obscurantisme. A la fois roman et fable, Zabor ou Les psaumes est le récit de formation d’une âme torturée qui découvre la puissance tellurique de la langue et de l’écriture, s’inventant une manière libre, radicale, de défier la mort par l’imaginaire. Mais si la langue (et l’écriture) reste le thème central du roman, il aborde aussi bien d’autres sujets : le rapport au père, la sexualité, l’intolérance religieuse, la condition de la femme…

Zabor ou Les psaumes est un roman déroutant, saturé de sens et de mots : au gré de ses pensées qui voltigent et virevoltent en un brouhaha difficile à pénétrer, Zabor y multiplie les références, les citations et les allusions. Si les sujets évoqués sont passionnants, le phrasé poétique et le propos pertinent, le style, dense et souvent surchargé, empreint d’oralité, est un peu encombré et encombrant. Il rend la narration opaque et la lecture fastidieuse. Cette lecture m’a épuisée !

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⭐ Kamel Daoud, Zabor ou Les psaumes, éditions Actes Sud, 2017, 328 pages, 21 €.

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