[thriller] « Anatomie d’un scandale » Sarah Vaughan

Kate Woodcroft est une brillante et ambitieuse avocate spécialisée dans les cas de violences sexuelles. James Whitehouse est une étoile montante du monde politique, sous-secrétaire d’État, ami d’enfance du premier ministre : bonne position, bonne réputation, bonne société. Sophie est la femme de James, très amoureuse de son époux et son soutien indéfectible. Quand James se trouve mêlé à un scandale sexuel, ces trois personnages vont se retrouver face à face, mais aussi face à leurs contradictions, leurs lâchetés, leurs mensonges… et leur passé. Car ces trois-là se sont déjà croisés, à Oxford, 13 ans auparavant.

De prime abord, les personnages paraissent assez caricaturaux : James, archétype de l’homme à qui tout réussi, beau, intelligent, charismatique, charmeur (horripilant) ; Sophie, brushing impeccable, épouse aimante et mère au foyer parfaite (exaspérante) ; Kate, carriériste, froide et strictement professionnelle (crispante). La narration est portée alternativement par chacun de ces trois personnages qui dévoilent peu à peu leurs contradictions et leur complexité. Ces changements de perspective entre Sophie, James et Kate ajoutent suspense et incertitude. Le récit alterne aussi entre le présent, le passé universitaire des protagonistes et quelques-unes de leurs actions les moins avouables… Le talent de Sarah Vaughan est de distiller indices et soupçons dans toute une palette de nuances : on croit déceler LA vérité, puis on doute et on entrevoit que la vérité est sans doute plurielle… C’est habilement fait ! A ce titre, le personnage de Sophie, au début si passif et aveugle (et franchement « tête à claques ») et son lent dessillement, son lent cheminement vers l’auto-réalisation est particulièrement réussi.

Et puis, il y a le fond : une critique (pas voilée du tout) des sphères de pouvoir, de ces « élites » à qui tout à toujours réussi, qui se croient au-dessus de tout et de tous, qui avancent sans se soucier des « dommages collatéraux » et les questions très contemporaines des violences faites aux femmes, du harcèlement, du consentement, de la difficulté de « libérer la parole » et d’établir la preuve ou d’emporter la conviction… Terriblement actuel et juste.

La conclusion d’Anatomie d’un scandale (la vérité ne l’emporte pas toujours sur le cynisme) s’avère assez sombre et pessimiste.

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⭐⭐ Sarah Vaughan, Anatomie d’un scandale (Anatomy of a scandal), traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Alice Delarbre, éditions Préludes, 2018, 444 pages, 16,90 €.

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