[roman] « Cher premier amour » Zoé Valdés

Je ne me sens pas triste, non, ce n’est pas cela. Je me sens aliénée, j’ai perdu confiance en moi. Je ne suis plus une personne, je me suis chosifiée en une espèce de meuble utile, mais qui ne doit pas manquer d’accomplir sa fonction décorative. […] je dois partir pour retrouver mon moi. Le déterrer. Ce moi embourbé. (p. 35)

Danaé a 40 ans, un mari, deux filles adolescentes. Danaé est fatiguée, engluée dans un quotidien mortifère et une vie de couple moribonde. Alors, un jour, elle fuit : elle prend le train à destination d’une vallée mystérieuse, à la recherche de son premier amour.

C’était l’été de ses treize ans et de sa première « école aux champs » (les camps agricoles obligatoires pour la jeunesse cubaine) ; c’était l’apprentissage des durs travaux des champs et de la faim ; c’était la découverte pour la jeune citadine de la nature, faune et flore, et des esprits de la forêt ; c’était le joyeux tumulte d’adolescents pour la première fois loin des parents ; c’était la promiscuité et la découverte des corps et de la sensualité ; c’était, enfin, la rencontre de Terre Fortune Monde, jeune indigène avec quatre mamelons et six doigts à chaque main et à chaque pied, et un liquide à l’odeur et au goût de confiture de goyaves qui suintait de son nombril.

Ainsi, petit à petit, cette histoire au début très réaliste se teinte d’onirisme et de fantastique : on y croise un arbre magique, un lamantin, des lutins… Chaque élément – arbre, animal, mer, rivière – est « habité » par ses génies. Et le récit se déploie dans cet univers chimérique, contée de singulière façon, tantôt par un arbre, tantôt par le fromager (l’arbre magique) ou un animal, tantôt par la Miraculeuse (la grand-mère morte), tantôt par la valise de la jeune fille d’antan, tantôt par le temps lui-même… Le récit part un peu dans toutes les directions, change brusquement de tempo, de forme, de ton, et lecteur est ballotté dans cet univers étrange et instable où la pensée magique dicte sa loi.

Cher premier amour est un roman désordonné et extravagant, poétique et mythologique, qui déborde de signifiants, qui célèbre la féminité, le désir, la sensualité, la nature, la terre cubaine et sa culture métissée, la poésie et la langue… C’est un hymne à la passion et à la liberté. C’est un roman écologiste et féministe. C’est beau et entraînant, à condition d’en accepter l’étrangeté.

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⭐⭐ Zoé Valdés, Cher premier amour (Querido primer novio), traduit de l’espagnol (Cuba) par Liliane Hasson, éditions J’ai lu, 2007 (1999), 380 pages, 7 €.

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