[roman] « Le Cœur de Marguerite » Vassilis Alexakis

Athènes. Le narrateur est amoureux de Marguerite, mais Marguerite n’est pas toujours là car Marguerite a deux enfants et un mari. Le narrateur s’interroge sur la signification de leur histoire et sur le roman qui pourrait la raconter, car le narrateur, réalisateur de films documentaires de 42 ans fatigué de son métier, aimerait être écrivain. Alors, le narrateur écrit. Il écrit le texte que nous avons entre les mains, un texte qui est plus qu’un journal intime mais pas tout à fait un roman, peut-être l’ébauche d’un roman, un récit qui ne sait pas trop où il va, qui s’élabore sous nos yeux, simultanément à l’action, à partir de presque rien.

Le texte est traversé de scènes vécues par anticipation, émaillé de d’apostrophes mentales adressées à Marguerite, parsemé d’extraits de chansons, criblé de questions (Pourquoi écrit-on ? Pourquoi est-on amoureux ?)… Le narrateur y parle d’amour, de littérature, d’identité, de filiation… Il conte à la fois son amour pour Marguerite ; ses regrets, parfois, pour les histoires sans lendemain qu’il vivait avant de la rencontrer ; sa fascination pour Eckerman (mais si, vous savez bien, le vieil écrivain allemand auteur de Tramway) ; son père, célèbre acteur de théâtre interprétant le Méphisto de Faust… On y croise bien d’autres personnages encore, tous surprenants (Perséphone la vieille aveugle qui compose dans sa tête un vaste poème, deux ex-institutrices un brin toquées, une petite fille qui n’a jamais ri, un capitaine de bateau qui cite le philosophe Aristippe de Cyrène, une employée de zoo qui imite le saut des kangourous…), on s’y promène aussi, beaucoup : d’Athènes, on prend le bateau pour les Cyclades (jusqu’à Andros pour rencontrer Eckermann, jusqu’à Tinos pour retrouver Marguerite), on fait escale en Australie pour apprendre quelques mots de la langue des aborigènes, Wada ninango jambiri (je t’aime), quelques mots qui permettront de conclure le roman, le moment venu.

Car ce qui fait le cœur de ce récit reste l’histoire d’amour entre le narrateur et Marguerite, et cette histoire-là, avec ses tours et ses détours, ne se résume pas. Elle est vagabonde et digressive, pleine d’imprévues, de fantaisie de charme et de sensualité.

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⭐⭐ Vassilis Alexakis, Le Cœur de Marguerite, éditions Le livre de poche, 1999, 283 pages, 5,50 €.

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