[polar] « Dernière nuit à Montréal » Emily St John Mandel

Ce matin, Lilia est sortie en disant à Eli, son compagnon, qu’elle descendait chercher le journal, mais la jeune femme n’est jamais revenue… En fait cette histoire commença des années plus tôt quand, à 7 ans, Lilia fut enlevée par son père. S’en suivirent des années de cavale, de routes interminables, de chambre minables dans des motels miteux… Et toute une collection de noms d’emprunt qui lui fit oublier sa véritable identité. Alors aujourd’hui Lilia fuit encore car elle ne sait pas comment rester. Eli va donc partir à sa recherche et, au récit de sa quête, vont se superposer à la fois les souvenirs de la fuite de Lilia et son père ainsi que le récit de l’enquête mené par le détective privé engagé par la mère de Lila pour la retrouver, détective qui va consacrer tout sa vie (et sa raison ?) à sa quête, au risque de perdre sa propre fille.

Emily St John Mandel construit un récit original et habile qui entremêle époques et souvenirs, un récit qui se déploie en diverses pistes, fausses pistes, récits secondaires et rebondissements pour se resserrer finalement sur quelques thèmes essentiels. En effet, au-delà du très efficace récit de course-poursuite, ce roman nous parle de la perte et de ses répercussions, de ces blessures dont on ne guérit jamais, de la filiation et de la parentalité, de ses défaillances mais aussi de ses élans d’amour… Car c’est une double histoire de filiation que déploie ce récit, en miroir : celle de Lilia (qui se construit autour des raisons de sa cavale) et celle de Mickaëla (la fille du détective privé) dont l’enfance est phagocytée par la quête obsédante de son père d’une autre qu’elle. C’est aussi une histoire de mots ; ceux d’Eli, amoureux des langues menacées d’extinction ; et ceux que Lilia, enfant, griffonnait dans les Bibles de motels : « Arrêtez de me chercher. Je n’ai pas disparu ; je ne veux pas qu’on me retrouve. Je désire rester volatilisée. Je ne veux pas rentrer à la maison ». C’est, enfin, l’histoire d’une quête, banale mais essentielle : celle du bonheur.

Ce roman est donc multiple, à la fois road trip, drame familial, histoire d’un secret, quête identitaire et histoire d’amour… C’est un récit original, habilement construit, surprenant, efficace et prenant.

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⭐⭐ Emily St John Mandel, Dernière nuit à Montréal (Last Night in Montreal), traduit de l’anglais (Canada) par Gérard de Chergé, 2013 (2009), 345 pages, 9,15 €.

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