[mini-chronique : roman] « Les intermittences de la mort » José Saramago

Dans un pays indéterminé, la mort (avec une minuscule, pour la différencier de la Mort absolue) décide de faire une pause : du jour au lendemain plus personne ne passe de vie à trépas ! S’ensuivent d’innombrables perturbations sociales, économiques, politiques et religieuses : les pompes funèbres craignent la faillite, les hôpitaux sont submergés d’agonisants survivant indéfiniment, l’Église est discréditée (résurrection, Enfer et Paradis devenant caducs), la maphia (« ph », car nous parlons ici de la maphia locale, non de la mafia sicilienne) fait fortune dans l’escamotage des moribonds encombrants… Jusqu’à ce que la mort reviennent sauver les hommes. Un roman extravagant où l’on retrouve le style si particulier de Saramago, à la fois dense, sinueux et facétieux. Jubilatoire !

Le lendemain, personne ne mourut. Ce fait, totalement contraire aux règles de la vie, causa dans les esprits un trouble considérable, à tous égards justifié, il suffira de rappeler que dans les quarante volumes de l’histoire universelle il n’est fait mention nulle part d’un pareil phénomène, pas même d’un cas unique à titre d’échantillon, qu’un jour entier se passe, avec chacune de ses généreuses vingt-quatre heures, diurnes et nocturnes, matutinales et vespérales, sans que ne se produise un décès dû à une maladie, à une chute mortelle, à un suicide mené à bonne fin, rien de rien, ce qui s’appelle rien. Pas même un de ces accidents d’automobile si fréquents les jours de fête, lorsqu’une irresponsabilité joyeuse et un excès d’alcool se défient mutuellement sur les routes pour décider qui réussira à arriver à la mort le premier. (p. 13)

[…] T’es-tu jamais demandé si la mort est la même pour tous les êtres vivants, qu’ils soient des animaux, y compris l’être humain, ou des végétaux, y compris la plante rampante qu’on foule aux pieds ou le sequoiadendron giganteum avec ses cent mètres de hauteur, est-ce la même mort qui tue un homme qui sait qu’il va mourir et un cheval qui jamais ne le saura. (p. 92)

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⭐⭐ José Saramago, Les intermittences de la mort (As Intermitências da Morte), traduit du portugais par Geneviève Leibrich, éditions Points, 2008 (2005), 262 pages, 7,40 €.

Du même auteur : Histoire du siège de Lisbonne, La lucarne.

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7 commentaires sur “[mini-chronique : roman] « Les intermittences de la mort » José Saramago

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    1. Moi aussi ! J’ai lu et aimé ces romans-là, ainsi que « La lucarne » et « Histoire du siège de Lisbonne »… Bref, j’aime Saramago ! 🙂

  1. Contrairement à toi, je n’ai pas du tout accroché à ce roman, alors que j’ai beaucoup aimé L’aveuglement et adoré L’année de la mort de Ricardo Reis. Je l’ai trouvé trop long et trop « impersonnel ».
    Et j’ai récemment ajouté à ma PAL Histoire du siège de Lisbonne » que j’ai noté chez toi, je crois…

    1. J’ai préféré « L’aveuglement » et ces intermittences, mais quand même ! 😉 Et j’ai noté « Ricardo Reis » (dont tu m’avais déjà parlé il me semble), pas encore lu… Et je te re-conseille « Histoire du siège de Lisbonne » ! 😉

    1. José Saramago a souvent des idées originales : dans « L’aveuglement » il imagine une épidémie de cécité hautement contagieuse, et ses conséquences…

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