[mini-chronique : nouvelles] « Microfictions 2018 » Régis Jauffret

Microfictions 2018, c’est un mille-feuille d’histoires, un recueil inclassable de faits divers morbides, tout à la fois extravagant, effarant, ébouriffant, renversant, écœurant, envahissant et exténuant ! C’est 500 histoires (très) courtes et cruelles : toutes dépeignent une société en dégénérescence et un quotidien des plus terne qui, bien souvent, est le ferment d’une violence effroyable. Avec une jubilation noire, Régis Jauffret nous parle de rancœur et de douleur, de pulsions suicidaires, de couples unis par la haine, d’enfances maltraitées, le tout imprégné d’alcool et de dépression. C’est cynique, féroce et impitoyable. Asphyxiant.

Ma mère ne méritait pas de nous avoir faits. Son physique était un désastre, son intelligence trop petite. Elle n’avait décroché aucun diplôme, avait travaillé toute sa jeunesse comme vendeuse au Bon Marché, faisait des fautes de français, d’orthographe, alors que mon frère vient de sortir d’une école de commerce de premier plan et que je caresse le projet de devenir un jour conseillère juridique.
– Elle nous faisait honte. (p. 59)

Se mentant à lui-même par poltronnerie, malgré son état mon père prétendait aimer continuer à vivre. Je lui ai proposé de le mettre en rapport avec une association d’aide à l’euthanasie.
– Je ne veux pas me suicider.
– Tu es libre, papa. (p.73)

Je n’ai jamais été une épouse infidèle, mais depuis longtemps ta chair me lasse. Elle me dégoûte même un peu depuis que tu as toute cette graisse de sédentaire sur l’abdomen. Alors j’ai changé de corps, j’ai pris ce que tu appelles des amants. (p. 361)

J’avais pris l’habitude de gifler mon mari. Je ne le battais pas plus que notre fils et nos jumelles, mais tout autant. Je suis d’une famille où on a toujours eu la main légère, véloce, claquante. Au début, il riait pour ne pas perdre contenance mais alors il en prenait une autre. (p. 645)

Mes parents sont moins visibles, moins audibles et quand je les embrasse leurs joues sont comme du vent. Le matin nous prenons le petit déjeuner ensemble autour de la table ronde du salon. Je perçois des phrases légères, furtives, des bruissements ? Leur image est tellement délavée qu’on ne peut plus les distinguer l’un de l’autre.
– Ils s’amenuisent. (p.649)

Je continue après toutes ces années à être amoureux de Judith Dugommier que j’ai épousée il y a dix ans déjà. Je le lui dis et parfois quand les enfants ne sont pas là le lui prouve d’une culbute dans le couloir qui lui procure un orgasme si intense qu’il en sort d’elle et rebondit dans tout l’appartement comme une balle de tennis. Nous sommes heureux, un sempiternel bonheur pareil à un infini jour de beau temps. (p. 701)

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⭐ Régis Jauffret, Microfictions 2018, éditions Gallimard, 2018, 1020 pages, 25 €.

2 commentaires sur “[mini-chronique : nouvelles] « Microfictions 2018 » Régis Jauffret

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  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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