[mini-chronique : roman] « Le Chant des revenants » Jesmyn Ward

Jojo, tout juste 13 ans, grandit dans une famille déglinguée, dans le sud misérable des États-Unis. Léonie, sa mère trop jeune, paumée et toxicomane, est indifférente (parfois brutale) ; son père Michael est derrière les barreaux ; sa grand-mère se meurt d’un cancer ; son grand-père, quoique bienveillant, est rongé par des fantômes ; ses autres grands-parents n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants avec une noire. Et Jojo grandit au milieu de ce chaos tout en protégeant et aimant follement sa petite sœur Kayla. Quand Michael sort enfin de prison, Léonie embarque Jojo et Kayla dans sa voiture pour aller le chercher, mais le road trip vire au cauchemar… D’un chapitre à l’autre, la narration passe de Jojo à Léonie avec aussi, parfois, l’intervention de quelques spectres. De ces voix qui se mêlent, celle de Jojo, petit homme portant tout le poids de cette histoire, est la plus bouleversante. Et si le récit, déchirant, transpire la peur, la violence et la culpabilité, son lyrisme et sa féerie parviennent, à travers les ombres, à laisser percevoir la lumière.

« J’aime bien penser que je sais ce que c’est, la mort. J’aime bien penser que c’est un truc que je peux regarder en face. Quand Papy me dit qu’il a besoin d’aide et que je vois le couteau noir glissé dans sa ceinture, je laisse Mamie dormir dans son lit, ma petite sœur Kayla dormir sur sa couverture par terre, et je sors avec Papy, j’essaye de me tenir droit, les épaules en cintre ; c’est comme ça qu’il marche, Papy. J’essaye de faire mine que c’est normal et que je m’ennuie, histoire que Papy croit que j’ai mérité mes treize ans, histoire qu’il sache que je suis prêt à faire le nécessaire, à séparer les muscles des boyaux, les organes des cavités. Je veux que Papy sache que je peux me salir les mains. Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. » (p. 11)

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⭐⭐⭐ Jesmyn Ward, Le Chant des revenants (Sing, unburied, sing), traduit de l’américain par Charles Recoursé, éditions Belfond, 2019 (2017), 269 pages, 21 €.

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