[mini chronique : roman noir] « Le Pays des oubliés » Michael Farris Smith

Combattant à poings nus, Jack Boucher a le cerveau bien embrouillé par les coups encaissés, les drogues et l’alcool ingurgités. Il ne se sépare donc jamais de son cahier rempli de noms et de dates, qui lui tient lieu de mémoire. Aujourd’hui, il roule vers Maryann, sa mère adoptive mourante, pour lui tenir la main, et pour essayer d’empêcher la saisie de sa maison : il n’a que huit jours pour trouver l’argent nécessaire. Manque de bol, l’argent dû à Big Momma Sweet s’est volatilisé, une drôle d’histoire dans laquelle Jack a encore pris quelques coups… Et la précieuse enveloppe a été trouvé par Annette, une strip-teaseuse de fête foraine à la recherche de son père. Jack et Annette vont finir par se croiser… Dans ce roman, Michael Farris Smith nous place du côté des exclus, des invisibles, de tous ces êtres qui, malgré l’adversité, font preuve d’un bel entêtement à continuer, à avancer, en quête d’une place dans une société que ne leur en a pas prévu. Le Pays des oubliés est un roman puissant, âpre et noir, certes, mais beau aussi, et empreint d’humanité.

« Dans l’hébétude de l’alcool et de la drogue sa vie défilait, pleine de fantômes et d’apparitions, et il cherchait quelque chose de spécifique à quoi se raccrocher, mais son esprit s’écoulait comme une rivière qui à la fois lui apportait des visions et les charriait loin de lui. Sa tête appuyé contre la vitre et ses yeux tournés vers la tempête, et la seule chose qu’il savait, c’était qu’il avait été un enfant puis était devenu un auto-stoppeur dans sa propre vie. » (p. 128)

« Elle se leva et marcha jusqu’à lui. Elle lui prit la main et la leva avec les siennes, et ensemble ils pointèrent le doigt vers le lointain, vers la toile bleu de cobalt emplis de questions, puis elle abaissa leurs bras et ils se tinrent ensemble dans le golfe de la nuit comme s’ils attendaient qu’une chose impossible se produise. Et alors elle entrouvrit les lèvres et murmura. Je ne sais pas ce que je vois, dit-elle. C’est pour ça que je continue de regarder. » (p.249)

______________________________

⭐⭐ Michael Farris Smith, Le Pays des oubliés (The Fighter), traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau, Sonatine Éditions, 2019 (2018), 248 pages, 20 €.

4 commentaires sur “[mini chronique : roman noir] « Le Pays des oubliés » Michael Farris Smith

Ajouter un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :