[roman] « Trois dollars » Elliot Perlman

Tous les neuf ans et demi, je revois Amanda. Ce n’est pas une règle. Ce n’est pas que ça doive arriver mais il se trouve que ça arrive. Quatre fois, je l’ai vu à neuf ans et demi de distance – finalement, ça en fait une règle plutôt qu’une exception mais, chaque fois, ça reste complètement exceptionnel. La dernière fois, c’était aujourd’hui. J’avais en tout et pour tout trois dollars. (p. 11)

Eddie, le narrateur, 38 ans, a 3 dollars en poche quand il raconte son histoire, celle d’une « dégringolade sociale ». Pourtant, il avait tout pour réussir Eddie. Une enfance comme les autres, des études supérieures, un poste d’ingénieur-chimiste, la rencontre avec Tanya, sa future femme qui, comme lui, aime la littérature et la musique et a des idées de gauche, un pavillon (à crédit), la naissance d’Abby, la plus malicieuse des petites filles… Mais le quotidien n’a rien d’un long fleuve tranquille et, petit à petit, les premières failles apparaissent : Tanya sombre dans la dépression, Eddie est licencié, et leur univers est pulvérisé. Et c’est ainsi qu’Eddie se retrouve sur le quai de la gare de Melbourne avec juste quelques sacs plastique et trois dollars en poche.

L’histoire d’Eddie et tissée de coïncidences surprenantes, tragi-comiques et absurdes : c’est ainsi qu’il recroise, tous les 9 ans et demi, son ancienne voisine Amanda dont il était amoureux à 8 ans mais qui sortit brusquement de sa vie parce que riche et lui non. Amanda a vécu une autre vie à laquelle Eddie confronte la sienne tous les 9 ans et demi donc, quand la blondinette réapparaît dans sa vie, toujours plus blonde, toujours plus belle, toujours plus riche.

Au récit d’une dégringolade sociale, Elliot Perlman ajoute une critique acerbe de la mondialisation, du capitalisme et du libéralisme qui transforment la machine économique en laminoir humain. Il décrit un monde qui vole en éclats, celui des classes moyennes pour qui, au crépuscule du deuxième millénaire, l’ascenseur social est définitivement en panne.

Tout ça est habilement mené, humour noir en prime, mais Trois dollars, sous une apparence souriante, s’avère un roman un brin dépressif et erratique, plombé par l’accablement des personnages et quelques longueurs et répétitions.

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⭐ Elliot Perlman, Trois dollars (Three Dollars), traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel-Guedj, éditions 10/18, 2007 (1998), 416 pages.

Du même auteur : Ambiguïtés.

6 commentaires sur “[roman] « Trois dollars » Elliot Perlman

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  1. Dommage pour les longueurs… Il me semble me souvenir que c’est déjà ce qui avait fait que je n’avais été aussi enthousiaste qu’il aurait fallu quand j’ai lu La Mémoire est une chienne indocile.

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