[autobiographie] « On s’est déjà vu quelque part ? » Nuala O’Faolain

J’étais l’Irlandaise type : une pas grand-chose, issue d’une longue lignée de pas grand-chose, de ceux qui ne laissent pas de traces. Dans un pays catholique conservateur qui avait peur de la sexualité et qui m’interdisait même d’avoir des informations sur mon corps, je pouvais m’attendre – en tant que fille, en tant que femme – à rencontrer des difficultés dans l’existence. Mais au moins – c’est ce qu’on disait alors – je n’aurais pas la lourde tâche de gagner ma vie. Un homme finirait bien par m’épouser et par me garder. Mais les gens typiques n’existent pas. (p. 7)

Et Nuala n’a rien d’une jeune fille ordinaire. Née à Dublin au début des années 1940, devenue une journaliste reconnue, Nuala O’Faolain raconte son parcours accidenté, ses doutes, ses enthousiasmes, ses excès, ses souffrances, ses désillusions et ses passions. Il y a la famille, nombreuse (9 enfants) et bancale ; le paternel, journaliste, désinvolte, fantasque, séducteur et volage, qui a « silencieusement refusé l’effort ordinaire d’être père » ; la mère, submergée par sa nombreuse progéniture, qui compte l’argent manquant et attend le père ; l’alcool comme malédiction familiale ; les petits boulots et combines qui la mèneront à l’Université et au journalisme ; les errances et désillusions de l’amour ; et la solitude, extrême. Avec spontanéité, simplicité et pas mal d’humour, Nuala O’Faolain se livre, avec ses contradictions. Elle parle, beaucoup, des femmes et de leur désir d’affranchissement, et de la lecture comme refuge. Cette autobiographie est, aussi, un témoignage sur l’Irlande catholique et patriarcale des années 1960, sur la cassure politique entre l’Irlande et la Grande Bretagne, sur le féminisme des années 1970…

La chose la plus utile que j’ai gardée de mon enfance est la confiance en la lecture. (p.43)

[…] lire est un refuge. [Qu’] « on » ne peut pas vous atteindre quand vous avez un livre. (p. 44)

[…] j’ai eu du plaisir avec chaque livre que j’ai pu lire, qu’elle que fût son importance. En tout cas, je préférerais lire quelque chose qui ne me plaît pas plutôt que de faire quoi que ce soit d’autre. J’aime la lecture en tant que telle. (p. 49)

S’il n’y avait rien d’autre, la lecture était incontestablement une bonne raison de vivre. (p.52)

Son récit est aussi mouvementé que son parcours ; il est fait de réminiscence, de sauts dans le temps, de virages et de virevoltes… Son écriture, libre et audacieuse, est intrinsèquement féministe. Seul bémol : l’accumulation de noms d’artistes, journalistes et écrivains qui me sont, pour beaucoup, totalement inconnus. En refermant ce récit, me reste en sentiment de reconnaissance envers Nuala O’Faolain, pour sa sincérité, son enthousiasme pour la vie, et même pour ses errances ; sa recherche de soi devient notre.

On s’est déjà vu quelque part ? est un texte rayonnant qui navigue doucement vers la mélancolie.

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⭐⭐ Nuala O’Faolain, On s’est déjà vu quelque part ? (Are You Somebody ?), traduit de l’anglais (Irlande) par Julia Schmidt et Valérie Lermite, Sabine Wespieser éditeur, 2002 (1996), 384 pages, 23 €.

Du même auteur : Best Love Rosie.

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