[roman] « En cuisine » Monica Ali

Chef de cuisine de l’Hôtel Impérial, un palace anglais plus vraiment à la hauteur de sa splendeur d’antan, Gabriel Lightfoot doit composer chaque jour avec une équipe cosmopolite et chahuteuse, une sous-chef chaleureuse mais envahissante, une amie chanteuse qui se pose des questions sur leur relation et la maladie d’un père avec lequel il est en froid. Alors quand le cadavre d’un des plongeurs est retrouvé dans le sous-sol du restaurant et que Lena, mystérieuse et attirante fille de l’Est en perdition entre dans sa vie, le fragile équilibre psychologique de Gabriel vole en éclats. Tout en prenant soudain conscience des dérives qui se jouent sous son nez (travailleurs clandestins, trafics en tous genres, prostitution, chantages et violence quotidienne), Gabriel se perd peu à peu.

A priori le principal objectif de ce livre est de décrire et de dénoncer les conditions de travail dans les cuisines d’un palace londonien, entre cadences épouvantables, horaires infernaux et exploitation de travailleurs immigrés (souvent clandestins). Mais les personnages de Monica Ali sont tellement caricaturaux qu’ils en deviennent tout simplement invraisemblables ! A ce titre, le chef pâtissier français est totalement irritant : un summum d’idiotie balourde. Et la description des autres employés de cuisine (le Moldave, présenté comme parlant avec « un accent américain stupide », ou Oona la jamaïcaine, possédant une dent en or et un rire tonitruant, et sachant à peine parler anglais malgré ces 20 ans d’ancienneté) n’est pas mal non plus, dans le style cliché.

De plus Gabe, malgré son statut de personnage principal, est en tous points incroyablement déplaisant et antipathique. Gabe est en pleine crise de la quarantaine. Gabe fait des cauchemars récurrents. Gabe est obsédé par le rond chauve apparu au sommet de son crâne. Gabe est méprisant et condescendant envers ses subalternes. Gabe voudrait ouvrir son propre restaurant. Gabe voudrait aussi pouvoir ignorer la maladie de son père. Gabe aime Charlie, et voudrait l’épouser, mais Gabe a des rapports sexuels obsessionnels et coupables avec Lena, une esclave sexuelle qui a échappé à son souteneur et à qui il a offert son « aide »… Gabe est faible, irrésolu, mou, incapable de s’engager et totalement égocentré. Et quand finalement Gabe pète un câble, que son identité se désagrège et se perd dans des états dissociatifs, il est trop tard pour raviver l’intérêt du lecteur qui a sombré depuis longtemps.

Enfin, en plus du style outrancier et sans finesse, la narration quant à elle est maladroite et démonstrative : elle se perd entre clichés et répétitions qui ne font qu’alourdir ce récit déjà totalement congestionné. Ce qui nous fait donc un roman de plus de 600 pages dont les 500 du milieu n’apportent rien, outre les interminables et incompréhensibles atermoiements de Gabe.

Le pitch était pourtant prometteur et les premiers chapitres aussi, sous leur apparence de roman policier flirtant avec le thriller. Mais bien vite le récit de Gabriel s’enlise autant que l’intérêt du lecteur.

Le dernier mot revient toutefois à Monica Ali, quand elle fait dire à ses personnages sortant du cinéma : « Ça ne te paraît pas contradictoire de parler de thriller intelligent ? lança Charlie.
– Pourquoi, tu n’as pas été tenue en haleine ? Du suspense, il y en avait, reconnais-le.
– Oui, mais ce n’est pas pour autant que c’est bien… Trop d’action, pas d’histoire. Rien ne s’enchaîne, tout est forcé. » Honnêtement, je ne saurais dire mieux !

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⛔ Monica Ali, En cuisine (In the kitchen), traduit de l’anglais par Isabelle Maillet, éd. Belfond, 2010 (2009), 624 pages, 22 €.

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