[roman] « Le Veilleur des songes » Élisabeth Larbre

Depuis qu’il est veuf, Clément sombre dans l’alcool ; Cyril est un ado tête à claques et malfaisant ; le couple de Linda et Martial se délite ; le père François est un vieux paysan taiseux et inquiétant ; quant à l’opiniâtre capitaine de gendarmerie Brieuc, il veille à ce que son village reste paisible. Mais le calme apparent de la campagne peut cacher bien des secrets et des noirceurs…

Le principal atout de ce roman est sans conteste la façon dont petit à petit les différents personnages et récits se croisent, se mêlent et s’entremêlent pour laisser entrevoir une part de vérité. On va de surprises en rebondissements dans ce récit rythmé, auprès de personnages équivoques et complexes, dans une ambiance ambiguë… C’est habile ! Alors, malgré quelques invraisemblances et détours superflus (quand Adrian se fait passer pour Jocelyn par exemple), on se laisse embarquer jusqu’à la toute fin, une fin maline, une dernière pirouette qui explique jusqu’au illogismes relevés, mais qui, pour moi, n’est pas entièrement convaincante. Et puis, il y a le joli style d’Élisabeth Larbre, ce contraste entre son ton doux et bienveillant, parfois même poétique, et la noirceur de certains événements relatés ; et la façon très juste dont elle évoque le deuil, l’absence et le manque, les blessures d’enfance et leurs répercussions… Enfin, il y a le mystère de ce narrateur sans nom, sans âge, observateur silencieux, gardien des confidences, qui en sait bien plus qu’il n’en dit… Qui est-il ? J’ai fait mainte suppositions : un très vieil homme, un chien malin, un arbre majestueux, une statue religieuse, une âme errante… Mais quand le mystère est enfin levé (j’avais vu juste, yipi !), on relève encore quelques incohérences… Dommage !

Le Veilleur des songes est un roman inclassable, qui oscille entre noirceur et poésie… Une jolie découverte.

« Au début ils venaient à deux. Elle était avec lui. Je les entendais rire du bas du sentier. Ils arrivaient en courant et s’asseyaient par terre, tout essoufflés, sans même me regarder. Pourtant ils savaient que j’étais là ! À deux pas derrière eux. D’ailleurs, même s’ils me tournaient le dos je crois pouvoir dire que c’était un peu pour moi qu’ils s’exhibaient ainsi ; ils appréciaient que je les surprenne quand ils s’embrassaient à pleine bouche et se caressaient. Ils avaient besoin que je les assiste, que je sois témoin de leur passion dévorante. Ils n’auraient accepté cela de personne d’autre ! De temps en temps l’un d’eux basculait la tête en arrière et m’envoyait un petit coup d’œil complice. J’aimais bien ce ménage à trois ; surtout lorsqu’ils roulaient nus dans l’herbe. Je tenais la chandelle mais j’existais ! Je comptais pour quelqu’un… Il n’y a rien de pire que la solitude. » (p. 9)

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⭐ Élisabeth Larbre, Le Veilleur des songes, Fauves Éditions, 2020, 270 pages, 21 €.

4 commentaires sur “[roman] « Le Veilleur des songes » Élisabeth Larbre

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  1. Inclassable c’est une belle façon de décrire ce roman.
    J’ai été charmée par l’univers et par la plume poétique de l’autrice pour autant je n’avais une énorme impatience de retourner dans ma lecture.
    J’ai partagé ton lien dans ma chronique sur mon blog.

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