[essai / nouvelle] « Nous sommes tous des féministes » Chimamanda Ngozi Adichie

En 2012, Chimamanda Ngozi Adichie prononce un discours féministe lors d’une conférence TedXEuston ; c’est le texte de ce discours qui est publié ici. Au travers de son expérience et d’anecdotes de son enfance, elle y aborde, avec lucidité et humour, la question de l’inégalité de genre à notre époque : construction et déterminisme de genre, internalisation des normes sociales, stéréotypes, discriminations, culture du viol, etc.

Elle commence par déconstruire les stéréotypes liés au féminisme même, le terme étant souvent brandi telle une insulte. Car, c’est bien connu, les féministes n’ont aucun sens de l’humour, n’aiment pas le maquillage ou le déodorant, et détestent les hommes ! En quelques lignes incisives, c’est un féminisme pro-choix que défend Chimamanda Ngozi Adichie : elle affirme avec force que, oui, on peut être féministe ET féminine, féministe ET porter du maquillage et des chaussures à talons. Chimamanda Ngozi Adichie rappelle aussi que le féminisme n’est pas une haine des hommes, le féminisme ne se théorise pas « contre » ; c’est un militantisme « pour », pour l’égalité. Elle rappelle enfin que les hommes eux aussi doivent faire face à un certains nombres de stéréotypes de genre qui les enferment dans une masculinité étriquée et nocive pour l’ensemble de la société. Pour Chimamanda Ngozi Adichie, c’est par l’éducation, une éducation exempte de ces stéréotypes, que l’on peut espérer arriver à l’égalité sociale, politique et économique des sexes.

« Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j’aimerais aujourd’hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement. » (p. 31-32)

« Certains me demandent : « Pourquoi employer le mot féministe ? Pourquoi ne pas vous contenter de dire que vous croyez profondément aux droits de l’homme, ou quelque chose comme ça ? » Parce que ce serait malhonnête. Le féminisme fait à l’évidence partie intégrante des droits de l’homme mais se limiter à cette vague expression des droits des l’homme serait nier le problème particulier du genre. Ce serait une manière d’affirmer que les femmes n’ont pas souffert d’exclusion pendant des siècles. Ce serait mettre en doute le fait que ce problème ne concerne que les femmes. Qu’il ne s’agit pas de la condition humaine mais de la condition féminine. Durant des siècles, on a séparé les êtres humains en deux groupes, dont l’un a subi l’exclusion et l’oppression. La solution à ce problème doit en tenir compte, ce n’est que justice. » (p. 44)

« D’autres hommes peuvent réagir en disant : « C’est intéressant, j’en conviens, mais ce n’est pas ma façon de penser. La question du genre, je ne me la pose jamais. »
Peut-être.
Et c’est un élément du problème. Que les hommes ne réfléchissent pas à cette question, n’en soient pas conscients. Qu’un grand nombre d’entre eux disent que la situation des femmes étaient sans aucun doute désastreuse dans le passé, mais que tout va bien désormais. De sorte que beaucoup d’hommes ne font rien pour améliorer les choses. » (p. 45)

Ce texte est très court (une cinquantaine de pages), le propos est donc limité et simplifié et on peut regretter son manque de développement et d’approfondissement. Il constitue toutefois une bonne introduction, simple, accessible et pertinente, au féminisme.

La transcription de ce discours est suivie, dans la seconde partie du livre, d’une nouvelle intitulée “Les marieuses” : une femme nigériane s’installe aux États-Unis avec son « mari tout neuf », un homme qu’elle connaît à peine, un étudiant en médecine nigérian qui fait tout pour l’américaniser. Le récit parle de choc des cultures mais aussi de solitude, d’indifférence et d’incompréhension… La plume de Chimamanda Ngozi Adichie est ici, une fois de plus, très délicate et évocatrice. Mon seul bémol : la brièveté de ce récit ! J’aurais aimé accompagner un temps de plus Chinaza sur le chemin de l’émancipation !

PS : par contre, on en parle de l’ineptie de la couverture du livre ? Le rose « girly », la forme de bouche, le mot « féministes » écrit en tout petit, comme s’il fallait s’en cacher… C’est affligeant ! Et la traduction du titre ? En VO, « We should all be feminists » ; en traduction littérale « Nous devrions tous être des féministes », ce qui recouvre bien mieux le propos de l’autrice que le traduction retenue qui constitue un contresens évident !

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⭐⭐ Chimamanda Ngozi Adichie, Nous sommes tous des féministes (We should all be feminists), traduit de l’anglais (Nigéria) par Sylvie Schneiter et Mona de Pracontal, éditions folio, 2015, 87 pages, 2€.

De la même autrice : Americanah.

4 commentaires sur “[essai / nouvelle] « Nous sommes tous des féministes » Chimamanda Ngozi Adichie

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  1. Folio me l’avait envoyé il y a longtemps en cadeau, mais je ne l’ai toujours pas lu. Ton billet me donne envie de le mettre dans mes priorités, je n’en peux plus des « oui, mais on n’est pas tous comme ça », « il y a d’autres luttes plus importantes », « ça devient n’importe quoi », et autres « il faut y aller doucement ».
    Et complètement d’accord avec toi, cette couverture est complètement à côté de la plaque !

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