[roman] « La jeune fille à la perle » Tracy Chevalier

Delft, 1664. Griet, 16 ans, est engagée comme servante dans la famille du peintre Vermeer : elle doit seconder l’autre servante, s’occuper du linge, faire les courses, aider en cuisine, veiller sur les enfants et faire le ménage de l’atelier du peintre sans rien y déranger, le tout en s’efforçant de trouver sa place dans cette maisonnée dont elle trouble l’ordre établi. Car peu à peu le peintre, charmé par la sensibilité de la jeune fille pour son art, va en faire son assistante et l’initier à la préparation des pigments picturaux ; une certaine complicité artistique va ainsi se nouer entre eux. Mais à mesure que s’affirme cette connivence, les jalousies s’exacerbent…

Tracy Chevalier livre ici un très joli récit, délicat et sensible. Le style, simple et fluide, est mis au service d’une relation qui se complexifie peu à peu, basée sur des non-dits, faite de suggestions et d’effleurements. Et puis il y a cette évocation de la création artistique, dans une acception à la fois de transcendance et d’asservissement. Car si Vermeer s’intéresse à Griet, c’est uniquement pour l’accomplissement de son art et en négligeant les préjudices que cela peut engendrer pour Griet, ou même pour sa femme et ses enfants. Entièrement dédié à son art, il reste totalement aveugle à son environnement et aux conséquences de ses actes.

J’ai aussi aimé l’évocation très expressive que Tracy Chevalier fait des œuvres du peintre (une dizaine d’entre elles est décrite dans le roman), la délicatesse et la justesse avec lesquelles elle transcrit textures, couleurs et lumières. La grâce et la sensualité des œuvres de Vermeer sont parfaitement restituées.

Enfin, j’ai aimé le personnage de Griet, sa fraîcheur enfantine du début du roman qui peu à peu se mue en confusion adolescente au fur et à mesure qu’elle s’éveille au sentiment amoureux, au désir et à la sensibilité artistique. Griet arrive enfant naïve chez les Vermeer ; trois ans plus tard, quand elle quitte sa place, elle est devenue femme, mais une femme quelque peu désillusionnée. Car La jeune fille à la perle est, aussi, un roman d’apprentissage cruel, un récit de la perte de l’innocence. Un récit plus subtil que le résumé de 4e de couverture ne le laissait présagé.

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⭐⭐⭐ Tracy Chevalier, La jeune fille à la perle (Girl with a pearl earring), traduit de l’américain par Marie-Odile Fortier-Masek, éditions Gallimard, collection folio, 2000 (1999), 313 pages, 8,60 €.

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