[roman] « L’un l’autre » Peter Stamm

« Quand nous nous séparons,
nous restons l’un à l’autre. »

Markus Werner, Zündel s’en va

C’est la fin de l’été, demain c’est la rentrée scolaire, la reprise. Thomas et Astrid ont mis les enfants au lit, ils se sont assis sur le banc devant la maison, avec chacun un verre de vin. Quand la voix de Konrad s’est faite entendre, Astrid a posé en soupirant son journal, a vidé son verre, est retournée à l’intérieur sans un mot et n’est pas ressortie. Thomas s’est levé, s’est engagé sur le petit chemin de gravier qui longe la maison, a poussé le portail du jardin sans le faire grincer, a descendu la rue en passant devant les maisons des voisins, a suivi la route qui longe un moment le canal, a atteint l’orée de la forêt, a poursuivi sa marche… Et n’est pas revenu. « Le vide de la nuit semblait le tirer en avant. »

J’adore. J’adore ce style, économe, faussement simple, à la fois lumineux et nimbé de mélancolie, empreint de poésie. J’adore ce type de récits d’une banalité et d’une douceur trompeuses, qui frôle le fantastique sans renoncer au réalisme le plus rigoureux, qui raconte sans expliciter, qui garde une part d’inconnu. Parce que les motivations de Thomas resteront obscures ; parce qu’il n’y a pas nécessairement de raisons à un départ. Parce qu’Astrid demeurera seule convaincue du retour prochain de Thomas. Parce que parfois la narration se met à bégayer, la temporalité se brouille : l’enquête d’Astrid précède quelquefois le récit de Thomas, certains faits sont racontés plusieurs fois, rapportés par des protagonistes ou des témoins aux versions divergentes…

Entre le conte philosophique, la tension psychologique et l’hymne à l’amour, Peter Stamm livre un récit aussi troublant que captivant.

______________________________

⭐⭐⭐ Peter Stamm, L’un l’autre (Weit über das Land), traduit de l’allemand par Pierre Deshusses, Christian Bourgois éditeur, 2017 (2016), 172 pages, 17 €.

4 commentaires sur “[roman] « L’un l’autre » Peter Stamm

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  1. J’avais lu de cet auteur La douce indifférence du monde et il y a également cette atmosphère entre présent, passé, réalité et imaginaire…. Je te mets d’ailleurs ma conclusion qui résume mon sentiment en fin de lecture :
    « Il m’est bien difficile de vous dire pourquoi je l’ai aimé, c’est un livre presque inracontable, beau dans son étrangeté, sa teneur et son style.
    Pour ceux qui aiment découvrir de nouveaux horizons de littérature, des univers jamais abordés et dont on parcourt les chemins sans trop savoir où ils vont nous mener mais dont on revient ébloui. » 🙂

    1. J’ai tèèèllement aimé ce style, cette atmosphère ! Je compte bien en lire plus de cet auteur ; je note donc « La douce indifférence du monde ». 😉

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